Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 15:58

          Même s'il a effectué une partie de sa carrière à Aubervilliers, Maurice Foulon reste un enfant de Pantin où il a passé sa jeunesse, a été instituteur, s'est marié. Il mérite la reconnaissance des Pantinois à un double titre. Il est un des rares à avoir réalisé des recherches d'archives pour faire connaître l'histoire de notre ville avant la Révolution. Son livre Les Pantinois sous l'ancien régime est encore souvent cité, voire utilisé par ses successeurs. Il a été aussi à l'origine de « l’Université populaire de Pantin » (UPP) qui a connu un grand succès entre les deux guerres.

         Fils d'ouvrier, il s'est élevé jusqu'au plus hautes responsabilités gouvernementales grâce à son travail opiniâtre et une volonté sans faille. Mais s'il a été un homme politique, il n'a jamais été politicien. Porté par les circonstances et par son expérience de responsable syndical, il s'est mis au service des plus déshérités en faisant preuve, avec la plus grande modestie, de qualités exceptionnelles d'administrateur toujours soucieux de réalisations concrètes. Quel que soit le jugement que l'on porte sur son parcours politique, ses qualités humaines et son sens social ne peuvent lui être contestés.

 

I. L'INSTITUTEUR ENGAGÉ

 

Une jeunesse studieuse

 

         Maurice Foulon naît à Pantin le 16 septembre 1886 au 115 de la rue de Paris (aujourd'hui avenue Jean-Lolive) dans l'une des dernières maisons à un étage qui subsistent encore. Quelques années après sa naissance, la famille quitte le 115 pour le 113 de la même rue afin de laisser la place au rez-de-chaussée à l'installation d'une boutique d'alimentation qui s'appellera « l'épicerie du centre ».

         Le père, François Joseph Foulon, originaire de Serain près de Saint-Quentin, exerce le métier de corroyeur. Il est marié à Léonie Eugénie Fourès qui lui a donné quatre enfants, une fille et trois garçons, dont Maurice est l'aîné.

         Maurice effectue sa scolarité primaire à l'école du Centre, rue des Grilles. Excellent élève, il obtient son certificat d'études à 11 ans. Comme il n'existe pas d'établissement d'enseignement secondaire à Pantin, il poursuit ses études au cours complémentaire de la rue Tandou dans le 19ème arrondissement. Au bout de deux ans, il passe le certificat d'études complémentaires. Il possède toutes les qualités pour continuer des études au lycée. À la même époque, André Breton qui habite au 33 rue Étienne-Marcel, prend le train tous les matins à la gare de Pantin pour rejoindre le lycée Chaptal.

         Outre le fait que l'enseignement secondaire n'est pas encore gratuit, il semble qu'un accident survenu à son père l'ait contraint à entrer prématurément dans la vie active pour aider sa famille. Il trouve un emploi de bureau, dans la comptabilité. Malgré de longues heures de travail (la journée de huit heures n'est pas encore votée), il prépare seul le brevet élémentaire qu'il obtient en 1903 et le brevet supérieur qu'il réussit en 1904. Pendant ses rares moments de loisirs, il pratique l'athlétisme et joue d'un instrument de musique. C'est sans doute en pensant à lui-même qu'il écrira dans un article du « Peuple » :

         « Entre le jeune homme qui a appris en se jouant au lycée, et le prolétaire qui a peiné pour faire ou refaire très tard sa propre éducation, c'est incontestablement le second qui bénéficie de la plus forte personnalité et du plus ferme caractère. »

         En 1905, il est admis au concours préfectoral de recrutement d'instituteurs. Nommé le 1er mai 1905 « instituteur auxiliaire en banlieue », il est affecté à Montreuil, à Paris 18ème, puis à Bobigny comme stagiaire suppléant. Il habite alors avec ses parents au 149 rue de Paris (avenue Jean-Lolive). Le père travaille à présent comme journalier chez Delizy, la grande distillerie. Peu après, on le retrouve avec sa femme à la manufacture des tabacs de la rue Courtois.

         Maurice passe en 1908 (il a 22 ans), son certificat d'aptitude professionnelle d'instituteur, mais ne sera titularisé qu'après son retour de service militaire qu'il effectue pendant deux ans à Soissons. Libéré, il est affecté à l'école de garçons de la rue Thiers (aujourd'hui rue Condorcet) à Pantin le 1er octobre 1910 dans une classe de cours élémentaire 2ème année de 50 élèves (dont 47 présents). L'inspecteur primaire qui lui rend visite, reconnaît ses qualités pédagogiques. Il lui recommande toutefois « de prendre pour l'enseignement le ton de la conversation calme, posé, enjoué même à l'occasion ». Autant dire que c'est un jeune maître plutôt sévère.

         Comme la plupart de ses collègues, il adhère à la fédération nationale des syndicats d'instituteurs (FNSI). Membre depuis 1907 du syndicat des instituteurs de la Seine, il en devient le secrétaire adjoint. À sa nomination à Pantin en 1910, il est également membre de la section socialiste locale dont le siège se situe rue Berthier. Il fait la connaissance d'une jeune divorcée, Louise Augustine Savoret, ouvrière en parfumerie (probablement aux établissements Pivert de la rue de Paris), qui habitait avec son mari Léonce Joly, 149 rue de Paris. Lorsque le couple se sépare, l'épouse vient habiter au 51 rue Pasteur, tandis que la famille Foulon s'installe au 149. Le 10 janvier 1911, Maurice Foulon et Louise se marient à Pantin. Les époux s'installent dans le quartier des Quatre-Chemins au 1 rue Berthier.

 

 

Le militant

 

         Secrétaire adjoint du syndicat des instituteurs et institutrices de la Seine, membre du conseil syndical, Maurice Foulon participe aux côtés du secrétaire André Léon Chalopin au congrès qui se tient à Chambéry en août 1912. Ce congrès est illégal puisque les instituteurs ne jouissent pas du droit syndical. En 1907, un accord gouvernemental allait toutefois dans le sens de la tolérance mais la situation internationale qui justifiait les tendances militaristes et revanchardes de la droite, ne favorisait pas l'indulgence envers un mouvement affilié à la confédération générale du travail (CGT) pacifiste et internationaliste.

         Les congrès de la fédération des instituteurs sont organisés à tour de rôle par l'un des syndicats départementaux ; à Chambéry, le syndicat du Morbihan.

         Ce que l'on a appelé « le cauchemar de Chambéry » se déclenche à la suite d'une initiative apparemment anodine, « le sou du soldat » qui consiste à apporter une aide financière et morale aux instituteurs syndiqués mobilisés. Mais cette initiative arrive au moment où le gouvernement veut porter à trois ans la durée du service militaire, mesure combattue par les partis de gauche et par la CGT. Dans ce contexte, l'initiative est perçue comme une provocation antimilitariste. Barthou, devant le sénat, parlera de la « campagne abominable que poursuit le « sou du soldat » qui n'envoie de secours aux soldats que s'ils aident à la propagande du syndicalisme et de l'anarchie ». Le gouvernement réagit en exigeant la dissolution des syndicats d'instituteurs ou leur transformation en amicales. Le syndicat du Morbihan annonce sa dissolution et conseille aux autres de l'imiter. Le syndicat de la Seine avec Chalopin et Foulon prend alors la tête de l'opposition et, avec le soutien des autres syndicats protestataires, organise en dépit de l'interdiction un autre congrès fédéral au Havre en septembre 1912. Le 16 septembre, il lance un manifeste reproduit par plusieurs journaux avec le nom des signataires. Le 4 octobre, le ministre de l'instruction publique Gabriel Guist'Hau adresse aux instituteurs syndiqués une circulaire comminatoire :

         « Toute tentative de reconstitution des syndicats, toute adhésion nouvelle à une manifestation que le gouvernement a jugée contraire à la discipline, constituerait une faute... et entraînerait pour les auteurs de nouvelles sanctions. »

         En réponse, le conseil fédéral publie le 6 octobre un ordre du jour déniant au ministre toute compétence en la matière, seuls les tribunaux étant aptes à fixer la jurisprudence. D'ailleurs, la cour de cassation par un arrêt du 11 mai 1912 avait reconnu « que les travaux du congrès d'instituteurs sont non seulement indépendants de toute subordination hiérarchique mais encore étrangers aux actes professionnels et à la qualité d'instituteur public ».

         Sur avis du conseil départemental, le directeur de l'enseignement primaire de la Seine, considérant qu'en signant le manifeste et l'ordre du jour Maurice Foulon a « contribué à provoquer et à entretenir une agitation contraire aux intérêts de l'école laïque », lui inflige le 19 octobre 1912 « la peine de censure ». Sur instruction du ministre de l'éducation publique, cette peine est annulée le 25 novembre 1913.

         Après la trêve de l'action répressive du gouvernement, Chalopin reconstitue le bureau fédéral de la Seine sous la direction de Charles Joly et participe en 1913 au congrès de Bourges. Lorsque Joly fait défection, le secrétariat passe à Marcel Cottet assisté notamment par Maurice Foulon et Hélène Brion, sa collègue institutrice à Pantin.

         La guerre désorganise la direction du bureau fédéral. En l'absence de Chalopin qui sera l'une des premières victimes, de Cottet et de Foulon, c'est Hélène Brion qui prend en charge le secrétariat du syndicat.

 

Sous les drapeaux

 

         Maurice Foulon est mobilisé le 2 août 1914 au 19ème escadron du train à Paris. Il est envoyé au front le 1er juin 1915 avec le 36ème régiment d'infanterie. Il se bat avec courage puisqu'il est cité à l'ordre du régiment et reçoit la croix de guerre. Pendant qu'il est aux armées, madame Foulon s'engage comme infirmière à l'hôpital militaire auxiliaire 216 pour la durée des hostilités, en remplissant les fonctions d'infirmière-major. Son mari n'est officiellement démobilisé avec le grade de caporal que le 25 mars 1919 mais il est probable qu'il a bénéficié d'un congé libérable puisqu'il a pu reprendre ses activités syndicales pour préparer le congrès de Tours d'août 1919. S'agissant de son travail pédagogique, il poursuit sa carrière d'instituteur à l'école primaire de garçons du 7 rue Jomard, dans le 19ème arrondissement de Paris.

 

La réorganisation de la fédération syndicale

 

         Au syndicat de la Seine, les anciens militants reprennent leurs postes. De ce fait, Hélène Brion s'efface devant Maurice Foulon qui s'en explique dans le rapport moral qu'il présente au congrès de Tours : « Désigné tout d'abord pour aider Hélène Brion comme autrefois Chalopin ou Cottet, j'ai peu à peu, sans le rechercher, pris la totalité de ses fonctions. »

         Le congrès est présidé par Anatole France dont le discours inaugural prêche le pacifisme :

         « L’instituteur devra faire aimer à l'enfant la paix et ses travaux ; il lui apprendra à détester la guerre. Il bannira de l'enseignement tout ce qui excite à la haine de l'étranger, même à la haine de l'ennemi d'hier... »

         Le congrès prononce la transformation de la fédération (FNSI) en « Fédération des membres de l'enseignement laïque de France, des colonies et pays protectorats » (FMEL) avec Louis Bouët comme secrétaire général pour deux ans. Cette nouvelle fédération se dote de syndicats départementaux ouverts à tous les ordres d'enseignement et d'un organe officiel, « l'école émancipée ». Elle laisse toutefois en dehors la fédération des amicales d'instituteurs. La discussion est vive pour définir les rapports avec les amicales. Syndicaliste révolutionnaire, Louis Bouët se montre hostile à toute entente pour ne pas introduire dans la fédération des éléments défavorables à la disparition du salariat et du patronat. Maurice Foulon s'oppose à lui en demandant l'union avec les amicales. Il rend compte des discussions dans un style vigoureux : « Vieilles barbes et néophytes se heurtèrent sans ménagement mais l'ardeur même de ces antagonismes et la chaleur de leurs convictions prouvèrent que l'on pourrait beaucoup attendre d'un tel groupement si, à côté d'un squelette robuste et d'un système nerveux hyper excité, la fédération possédait les muscles et la puissance massique seuls capables de permettre la passage des velléités aux actes. »

         En septembre 1919, la fédération des amicales se transforme en syndicat national doté de sections départementales (SNI) dirigé par E. Glay et L. Roussel. Ce syndicat demande à rejoindre le mouvement ouvrier en adhérant à la CGT. Mais, à la confédération, la place est occupée par la FMEL.

         En décembre 1920, le congrès de Tours du parti socialiste décide sa scission et donne naissance au parti communiste inféodé au régime bolchevique. En 1921, c'est au tour de la CGT de se scinder en créant la CGTU. La FMEL rallie la CGTU, ce qui permet au SNI d'entrer à la CGT au début de 1922.

         Le congrès de la fédération se déroule toujours dans l'illégalité. La majorité du « Front national » élue aux législatives de novembre 1919 qui doit faire face à de nombreuses grèves, n'est pas portée à l'indulgence à l'égard des syndicats d'instituteurs. Le ministre de l'instruction publique Honnorat par circulaire du 17 juin 1920 ordonne à nouveau la dissolution des syndicats. En janvier 1921, des responsables sont inculpés. En mars 1922, plusieurs représentants syndicaux parmi lesquels on trouve notamment Foulon, Glay et Roussel sont traduits devant le tribunal correctionnel mais une fois de plus, le parlement interrompt l'action judiciaire. Maurice Foulon, condamné à 700 francs d'amende, est amnistié en raison de sa croix de guerre et de ses bonnes notes pédagogiques.

 

Révolutionnaire ou réformiste ?

 

         À la déclaration de la guerre, Maurice Foulon se rangeait dans la minorité pacifiste du parti socialiste. Pendant les hostilités, tout en faisant son devoir avec courage, il poursuit ses relations avec ceux qui militent pour la reprise des relations internationales et pour une paix négociée. Après la guerre, il signe l'appel des « comités syndicalistes révolutionnaires » qui fixent comme objectif général « la disparition du salariat et du patronat ». Pourtant il reste au parti socialiste (SFIO) lorsque se crée en 1920 au congrès de Tours le parti communiste. De même, à la scission de la CGT, il n'adhère pas à la CGTU « courroie de transmission du parti communiste ». En cela il reste fidèle à la « charte d'Amiens » d'octobre 1906 qui consacre l'indépendance du syndicat par rapport aux partis politiques.

         Affilié à la CGT de Léon Jouhaux, favorable à un syndicalisme réformiste qui accepte de discuter avec le gouvernement et le patronat, il collabore pendant deux ans à partir de janvier 1921 au journal Le peuple, organe officiel de la CGT.

         Pendant cette période, il publie une trentaine d'articles dont les thèmes principaux portent sur des questions pédagogiques et sur des sujets historiques.

         Parmi les problèmes pédagogiques, on relève notamment les sujets suivants : l'éducation populaire, les manuels scolaires, la littérature enfantine, l'initiation sexuelle par l'école, le cinéma dans l'enseignement, le développement du travail manuel, les conférences pédagogiques, etc. Les sujets historiques sont très divers, comme la Commune de Paris, les grèves d'autrefois, le programme d'éducation de 1849, le déchiffrage des hiéroglyphes par Champollion, etc.

         Bien que plus rares, plusieurs articles traitent des problèmes d'actualité : l'unité corporative, la liberté d'expression des fonctionnaires, le délit d'opinion, la réforme de l'enseignement secondaire, l'éclipse de soleil à Paris, etc.

         Écrits dans un style simple, toujours bien documentés, parfois polémiques, soucieux d'applications pratiques, ces articles témoignent d'un réel talent de journaliste vulgarisateur.

 

Entre deux communes

 

         Alors que les législatives de 1919 ont élu la « chambre bleu-horizon » très à droite, les municipales ont porté aux affaires des candidats de gauche, notamment dans les communes de la banlieue nord-est de la région parisienne. Ainsi, à Pantin le socialiste Charles Auray est élu maire, comme à Aubervilliers le socialiste Michel Georgen. Lorsque ce dernier crée un dispensaire municipal, il fait appel pour le diriger à madame Foulon, qui a été infirmière pendant la guerre. Ce dispensaire ouvre ses portes le 1er juillet 1920 dans les locaux de la rue Achille-Domart. Les époux Foulon s'installent alors à Aubervilliers au 11 bis de la même rue et Maurice Foulon s'inscrit à la section socialiste de sa nouvelle résidence.

         Il ne se désintéresse pas pour autant de sa commune natale. Sous l'autorité de Charles Auray, il crée « l'université populaire de Pantin » (UPP) dont il devient le secrétaire général. Cette université est constituée lors de la réunion du 17 février 1920, qui en a adopté les statuts. Parmi les membres élus du conseil d'administration, on relève le nom d'Hélène Brion, institutrice à Pantin, condamnée et révoquée pour propagande pacifiste en temps de guerre. Amnistiée, elle reste révoquée. La municipalité qui lui avait conservé son logement de fonction de l'école de la rue Candale malgré les autorités académiques, avait voté le 16 janvier 1920 un vœu en faveur de sa réintégration. Participent également au conseil d'administration des délégués du parti socialiste, du comité intersyndical, du syndicat des tabacs et de la jeunesse socialiste.

         Le mouvement des universités populaires naît dans les dernières années du 19ème siècle grâce notamment au pionnier Georges Deherme, porté par le courant scientiste issu de la philosophie d'Auguste Comte. Dans l'esprit de Deherme, l'enseignement proposé n'aura pas une visée immédiatement utilitaire. Le but n'est pas l'instruction mais l'éducation sociale du peuple. Il doit être une « amitié entre intellectuels et manuels » et « faire des hommes, des volontés énergiques, des consciences hautes et claires, des cœurs ardents, des intelligences saines ». Cette conception utopique rejoint, en moins chimérique, celle de Maurice Foulon. Selon lui, l'éducation ouvrière doit être avant tout l'école du militant et seulement en second lieu un moyen d'acquérir des connaissances utiles. Son rôle de délassement ne vient qu'après. Bien entendu, l'organisation qui se met en place à Pantin est plus ouverte et s'efforce de répondre à tous les désirs. L'ensemble des programmes rassemblés aux archives municipales et qui couvrent la période 1920-1940, montre l'extraordinaire essor de cette entreprise. En dehors des 24 cours du soir professionnels, d'art et d'agrément gratuits ouverts à tous, elle propose des conférences toujours accompagnées d'une partie artistique, musicale ou théâtrale. Les plus grands artistes y apportent leur concours. Elle comporte également des activités sportives ou de loisirs avec le soutien de nombreuses associations locales. Pris par d'autres obligations, Maurice Foulon ne se consacrera à l'UPP que pendant les deux premières années mais il aura lancé le mouvement, pour le plus grand profit des Pantinois.

         À Aubervilliers, la municipalité traverse une période de turbulence. En 1922, le parti communiste devient majoritaire d'une voix et empêche le vote du budget. Le préfet dissout alors le conseil municipal. De nouvelles élections se déroulent les 25 février et 4 mars 1923. Le maire socialiste Georgen s'associe avec le socialiste indépendant Pierre Laval pour former une liste socialiste. Sur cette liste figure le nom de Maurice Foulon, qui a connu Laval en tant qu'avocat des syndicats d'instituteurs. Comme lui, il a quitté la SFIO pour organiser le groupe des socialistes indépendants. La liste Laval l'emporte devant celle des socialistes SFIO et des communistes. Maurice Foulon est élu conseiller municipal d'Aubervilliers. S'ouvre pour lui une nouvelle période dans sa carrière.

 

 

II. L'HOMME POLITIQUE

 

Au conseil municipal d'Aubervilliers

 

         Maurice Foulon va rapidement devenir l'un des proches collaborateurs de Pierre Laval, notamment quand il sera son premier adjoint chargé de l'intérim du maire en son absence. À ce poste, il exprime pleinement toutes ses qualités d'organisateur et ses compétences de gestionnaire. On reconnaît ses qualités de grand travailleur, modeste et efficace. On lit dans une notice municipale de 1925 cette appréciation de son caractère : « Il a cette habitude invétérée de n'accepter aucune fonction qu'autant qu'il est résolu à la remplir de toutes ses forces. Et comme très sollicité il en accepte beaucoup, il se multiplie chaque jour davantage sans se lasser. »

         Il est secrétaire du conseil municipal et des plus importantes commissions : administration, finances, enseignement, personnel, contrôle et économies. Aidé par ses connaissances en comptabilité, il devient le spécialiste des finances municipales, rapporteur de l'établissement du budget. Il reste aussi très attaché aux problèmes scolaires : création du service d'assistantes scolaires, demande de postes de professeur d'éducation physique, organisation de cours du soir gratuits, construction du groupe scolaire de Montfort, etc. Administrateur délégué du bureau de bienfaisance, il s'efforce de venir en aide aux plus démunis. Laval le charge de mettre au point le service médical de nuit, d'installer un dispensaire anti-tuberculeux, de prévoir des distributions gratuites de lait.

         Ancien instrumentiste et adepte de l'athlétisme, il administre trois sociétés de sports et de musique. En 1925, comme secrétaire général du comité d'organisation, il a mené au succès un festival de musique. Il écrit aussi des articles, notamment pour La cité, journal municipal. On ne peut citer toutes ses réalisations, dont la plupart n'aurait pu aboutir sans le soutien constant de Pierre Laval grâce à ses postes de député, de sénateur, de ministre ou de chef du gouvernement. Georges Poisson en rappelle quelques-unes :

         « De grands travaux furent entrepris de 1929 à 1932 par la municipalité présidée nominativement depuis 1923 par Pierre Laval, mais dirigée par Maurice Foulon : prolongation de l'avenue de la République entre la mairie et l'avenue Saint-Denis, travaux de voirie, d'adduction d'eau, reconstruction du pont de Stains, construction d'HLM, de bains-douches, etc[1] .»


Sans-titre.jpg


        


























          Surchargé de travail, où a-t-il pris le temps de faire les recherches d'archives nécessaires à la publication en 1925 de son livre les Pantinois sous l'ancien régime, préfacé par Charles-Auray ?

         Cette même année 1925, il est élu conseiller général de la circonscription d'Aubervilliers.

 

Au conseil général

 

         Le candidat socialiste indépendant Foulon est élu le 21 juin 1925 contre une coalition socialo-communiste. La majorité le portera au secrétariat du conseil général.

         Pour une large part, les travaux du conseil prolongent et étendent les réalisations engagées à Aubervilliers en matière de voirie, de transports, d'hygiène, d'HLM, d'assistance, d'assainissement, etc.

         Dans son compte-rendu de mandat, il marque toutefois où vont ses intérêts principaux : « A l'assemblée départementale, je me suis spécialisé dans les questions relatives à l'enfance malheureuse, m'occupant tout particulièrement des aveugles, des sourds-muets, des orphelins, des indisciplinés et de ceux que la pauvreté prive, aux vacances, d'un séjour à la campagne. » Ces intérêts sociaux se reflètent dans une « carte de visite électorale » révélatrice :  

Administrateur de l'Orphelinat Départemental de Cempuis,

de l'Institut des Aveugles de Saint-Mandé,

de l'Institut des Sourds-Muets d'Asnières.

 

Secrétaire de la Commission des Habitations Ouvrières

et du Plan d'Extension du Département de la Seine.

 

Membre de la Commission de l'Enseignement du Conseil Général

 

Membre de la Commission de Surveillance

et de Perfectionnement des Bibliothèques.

 

Rapporteur des Subventions aux Amicales d'Anciens Élèves

et aux Patronages Laïques du Département.

 

Membre de la Commission pour la Suppression des Passages à Niveau.

En séance, il prend une part active aux travaux et intervient avec pertinence et compétence dans les discussions. On peut s'en rendre compte notamment à la lecture du Bulletin officiel de 30 juin 1926 sur l'enseignement des enfants du peuple.

 

À la chambre des députés

 

         Après une première tentative en 1924 où il a été battu par le « Cartel des gauches », il se représente aux législatives de 1928 pour le siège de Pierre Laval qui quitte la chambre des députés pour le sénat. Élu, il siégera pendant deux législatives, jusqu'en 1936. Au cours de cette période, il ne connaîtra pas moins de 21 gouvernements, dont quatre présidés par Pierre Laval.

         Député, il change de statut social. Au recensement de la population de 1931, il est domicilié dans un pavillon situé au 29 boulevard Anatole-France, avec sa femme, son beau-frère et une domestique. On peut penser que son travail à la chambre lui laisse quelques loisirs puisqu'il publie trois livres : en 1929, le vieil Aubervilliers avant 1789, avec Léo Demode (préface de Pierre Laval), en 1934, Eugène Varlin, relieur et membre de la Commune, en 1935, enfin Aubervilliers sous la Révolution et l'Empire, également avec Léo Demode (préface de Pierre Laval).

         Il faut dire que ses interventions à la chambre sont peu nombreuses, trois ou quatre par an. Mais il ne manque pas de prendre part aux discussions lorsque le sujet fait appel à sa compétence ou à ses intérêts : discussion du budget général et des crédits sur l'organisation de l'éducation physique, sur l'aménagement des fortifications déclassées de Paris, sur la construction d'HLM, sur le budget de l'instruction publique, etc.

         En 1930 et 1931, il est associé à l'étude du grand projet de loi relatif au « perfectionnement de l'outillage national » en qualité de rapporteur de la commission de l'administration générale, départementale et communale.

         Dû à l'initiative d'André Tardieu, ce projet ambitieux vise à lutter contre la montée du chômage en modernisant l'appareil de production. Retardé par des manœuvres politiciennes (75 séances et 41 questions de confiance), il ne peut être voté avant la crise et perd de ce fait de son efficacité.

         En 1934, on lui confie la charge de rapporteur de la commission de l'administration générale chargée de donner un avis sur un projet de loi portant réforme fiscale.

         Au total, il joue un rôle de député relativement modeste jusqu'à son échec aux législatives de 1936 où il est battu par le communiste Charles Tillon.

 

Au gouvernement

 

         En récompense de ses bons et loyaux services, Pierre Laval trouve une place à Maurice Foulon dans son gouvernement du 27 janvier 1931. Il est nommé sous-secrétaire d'état au ministère du travail et de la prévoyance sociale en remplacement du sénateur Mounié. Il dépend donc du ministre en titre Adolphe Landry. Transfuge de la SFIO, Maurice Foulon entre ainsi dans un gouvernement de centre droit.

         Trois fois chef du gouvernement en 1931 et 1932, Laval poursuit les politiques du gouvernement Tardieu et fait aboutir d'anciens projets, plus particulièrement la création des assurances sociales et le vote de la loi sur l'outillage national. Il reprend également le projet Loucheur sur les logements sociaux. Comme il est novice au gouvernement, Pierre Laval assiste Maurice Foulon de collaborateurs expérimentés : par son fidèle André Guénier et, dans son cabinet, par un maître des requêtes, un rédacteur de l'enregistrement et un ancien instituteur que Laval nommera plus tard préfet.

         Laval cède sa place le 20 février 1932 à son ami André Tardieu qui conserve Maurice Foulon comme sous-secrétaire à l'intérieur. Mais ce gouvernement n'a que trois mois devant lui avant les législatives de juin 1932, autant dire qu'il ne s'y passe plus rien d'important. Lorsque Édouard Herriot remplace André Tardieu, Maurice Foulon aura achevé son court passage au gouvernement. Il reste toutefois député jusqu'à l'avènement du Front populaire.

 

La fin d'une carrière publique

 

         Après son échec aux législatives de 1936, il ne reste plus à Maurice Foulon comme mandat électif que celui de conseiller municipal d'Aubervilliers. Comme instituteur, il a été autorisé en raison de ses états militaires à être en congé pour convenance personnelle à partir du 19 mai 1936 jusqu'à sa retraite. Sa femme, malade, demande également sa mise à la retraite. Elle obtient satisfaction à compter du 1er janvier 1941.

         Jusqu'en 1940, Maurice Foulon assure le plus généralement l'intérim du maire d'Aubervilliers. Il préside les séances du conseil municipal jusqu'au 23 avril 1940. En juin, les événements se précipitent. Le 11, le préfet de la Seine ordonne aux personnels municipaux de rester à leurs postes. À Aubervilliers, « les élus municipaux quittent leur cité accompagnés de la majorité du personnel communal en réquisitionnant les cars de la ville[2] ». Maurice Foulon part le 13 juin avec sa femme. Le même jour, Paris est déclaré ville ouverte. Le 14, les Allemands entrent dans Aubervilliers.

         Le 27 juin se tient la première réunion du conseil municipal de l'occupation. Ne sont présents qu'une dizaine de conseillers. En l'absence de Maurice Foulon, premier adjoint, et du second adjoint Demars hospitalisé en raison d'une chute accidentelle, Louis Pagès assure la présidence. Comme ses règles démocratiques de fonctionnement sont suspendues, le préfet de la Seine procède à la nomination des membres du conseil par délégation spéciale. Laval est reconduit comme maire et Pagès comme vice-président. Maurice Foulon est considéré comme démissionnaire. De retour à Aubervilliers, il est placé devant le fait accompli. S'il avait été présent, il n'est pas douteux qu'il aurait pu assurer les fonctions de maire par intérim jusqu'en 1944. Il ne s'est pas expliqué sur son absence, à moins que les archives aient disparues. Faute de celles-ci, on peut avancer des hypothèses : refus de servir sous régime allemand, lassitude de la vie politique, soucis de demeurer auprès de sa femme malade, entraînement circonstanciel dû à l'exode, etc. En l'absence de témoignages, ce point reste dans l'ombre.

 

         À partir de 1944, il vit dans l'anonymat le plus complet. On pense qu'il s'est d'abord réfugié dans sa maison de campagne du 69 boulevard d'Andilly à Soisy-les-Montmorency. Il quitte ensuite Aubervilliers pour s'installer à Paris au 20 rue de Rivoli où sa femme décède le 11 janvier 1954. Le 15 juillet de la même année, il se remarie à une veuve de 58 ans, Germaine Marguerite Lachaume. Dans l'acte de mariage, il indique comme profession « conseiller technique ». Ses deux témoins étant des ingénieurs, il est probable qu'il travaille au service d'une entreprise industrielle. Il continue par ailleurs ses travaux historiques : en 1967, il publie un ouvrage sur Fernand Pelloutier (1867-1901), syndicaliste, secrétaire de la fédération des bourses du travail.

 

         Maurice Foulon meurt sans descendance à son domicile du 20 rue de Rivoli, le 20 février 1968. Cette disparition passe inaperçue.

 

 

 

André Caroff

 

 



[1]    Georges Poisson,  Evocation du Grand Paris, Tome III – Banlieue nord-est, 1961.

[2]    Témoignage de Mme Gonzalès, cité dans Mémoire de ville, mémoires de communaux,  Archives municipales de Pantin, 2001.

Partager cet article

Repost 0
Published by Hélène Richard
commenter cet article

commentaires

Alain Chiron 23/09/2009 17:02


1° LE BARS, Loïc. La Fédération unitaire de l’enseignement ( 1919-1935 ) . Paris : Syllepse, 2005. P. 54. En 1920 Maurice Foulon et Charles Joly survivants de la fédération des instituteurs
d’avant-guerre.

2° Au second tour des élections législatives d'Aubervilliers Charles Tillon bat M. Foulon.
Législatives de 1936
avec Pierre Laval (avec le drapeau),
Maurice Foulon (« le leader »), Charles Tillon (PC)
http://charlestillon.free.fr/syndica.html


Profil

  • Histoire de Pantin
  • Textes : André Caroff. Recherches : André Caroff et Hélène Richard. Contact : hr4545 (chez) gmail.com

Rechercher