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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 16:17
         Hélène Brion n'est pas connue du grand public. Pionnière du féminisme pendant la première moitié du 20ème siècle, elle n'atteint pas la notoriété d'une Flora Tristan ou d'une Louise Michel aux destinées plus romanesques. Comme on connaît peu de choses sur sa vie privée, il n'existe sur elle aucune biographie complète.

         Peu connue, elle n'est pas pour autant oubliée. La plupart des ouvrages traitant du féminisme la citent, lui consacrent une ligne, un paragraphe ou un chapitre. 
 On écrit sur elle des études et des On écrit sur elle des études et des articles. En 2005, une délibération du conseil municipal du 13ème arrondissement de Paris décide de donner son nom à une rue d'un quartier neuf et le « dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français » lui consacre une importante notice.


       

         Hélène Brion mérite donc d'être mieux connue des Pantinois.

 

 

La jeunesse d'une orpheline

 

         Hélène Rose Louise Brion naît le 27 janvier 1882, au 31 de l’avenue des Paulines, à Clermont-Ferrand. Sa famille est originaire de l'est de la France, à la limite de la Marne et des Ardennes. Le père, Léon Pierre Hubert Brion, né le 16 août 1849 à Rouvroy en Dormois (Marne), est le fils d'un garçon brasseur. Son parcours professionnel est pour le moins atypique ; adolescent, il monte à Paris sans doute pour faire des études de droit puisqu'il devient clerc d'avoué. À 18 ans, il s'engage pour neuf ans dans l'armée. Il est promu caporal en 1869 puis sergent l'année suivante. Il participe aux combats de la guerre de 1870 au cours de laquelle il est fait prisonnier à la bataille de Mézières. Après 6 mois de captivité, il se présente au concours d'entrée de l'école militaire de Saint-Cyr. Admis 45ème sur 320, il est nommé sous-lieutenant deux ans plus tard. Très bien noté par ses supérieurs, il était appelé à faire une brillante carrière militaire. Pourtant il démissionne le 1er août 1876 et se marie le 17 août à Vouziers (Ardennes) à Octavie Cautel née dans cette ville le 26 mars 1855 d'un père menuisier et d'une mère couturière. Il entre ensuite à la compagnie des chemins-de-fer PLM où il occupe la fonction de sous-chef de gare à Cône-sur-Loire puis à Clermont-Ferrand.        « Dès le berceau, elle fut démunie de ses soutiens naturels. Le père manqua pour la guider de son expérience, cette nature primesautière et confiante. La mère fit défaut pour l'assouplir par une tendresse avertie. Elle n'eût que son aïeule pour l'aimer. » Hélène Brion rectifie en marge : « Faux ! Le père fut là et un peu là ! C'est à lui et à sa mère, ma bien-aimée grand-mère, que je dois tout... » Elle a donc connu son père jusqu'à un âge assez avancé.

         Que se passe-t-il dans le ménage  pour que les parents se séparent de leur fille et confient son éducation à la grand-mère paternelle résidant dans les Ardennes ? La seule confidence sur son enfance provient d'une réaction à la lecture d'un article de la journaliste Séverine, ancienne collaboratrice de Jules Valles qui écrit le 2 janvier 1918 :

 

         Après ses études primaires, elle part à Paris pour y poursuivre des études secondaires. De nombreuses interrogations se posent à ce sujet : Qui l'a inscrite à l'école primaire supérieure Sophie-Germain ? Qu'a-t-elle donné comme correspondant à prévenir en cas d'urgence ? Qui lui a trouvé une chambre au 18 de la rue Chanoinesse près de Notre-Dame occupée par une entreprise commerciale ? Avec quelles ressources vit-elle ? Il est improbable qu'une jeune fille de 12 ans soit venue seule et sans soutien dans la capitale.

         Sur ses études, nous avons le témoignage de Jeanne Brochard qui l'a côtoyée pendant cinq ans à Sophie-Germain, comme enseignante :

          « Studieuse et désintéressée, elle aimait le travail pour le travail lui-même, plus que pour ses résultats, notes, points, etc. Sans la rechercher, elle jouissait de la sympathie de ses compagnes, même celles qui, par leur éducation première, se trouvaient le plus différentes d'elle. Restée seule à Paris à l'âge où les autres jeunes filles sont couvées par leur famille, elle vécut seule, absolument isolée sans jamais se plaindre, ni sans réclamer une pitié contre laquelle sa fierté ombrageuse l'aurait fait se cacher. Sa dignité instinctive fut toujours sa seule sauvegarde : privée des tendresses de la famille, elle fut obligée d'apprendre bientôt à se diriger seule dans la vie[1]. »

         À Sophie-Germain, elle passe tous les examens qui lui sont accessibles : certificat d'études primaires supérieures en 1898, brevet élémentaire en 1899, brevet supérieur en 1900. Que sont devenus alors ses parents ? On sait seulement qu'ils divorcent par jugement rendu par le tribunal de première instance de la Seine, le 19 octobre 1892. Hélène, qui a maintenant 20 ans, vient de terminer ses études secondaires. En fin de carrière, son père sera affecté à un emploi sédentaire à Paris comme sous-chef de bureau à la compagnie P.L.M. Ce transfert est-il motivé par des raisons de santé? Il décède le 24 février 1902 à l'hôpital Villejuif alors asile d'aliénés. Il n'a que 52 ans. Elle passe un certificat de sténographie. Ayant obtenu une bourse de séjour du conseil municipal, elle fait un séjour d'une année en Allemagne. À son retour, elle obtient le certificat d'études en langue allemande de la « Société pour la propagande des langues vivantes en France ». Souhaitant faire carrière dans l'enseignement, elle est admise en 1905 au concours d'auxiliaires. À la rentrée de 1905, elle est affectée à divers postes de la région parisienne et au début de 1906 dans le 19ème arrondissement. En janvier 1907, elle obtient un congé « pour raisons familiales ». Elle quitte à nouveau son service en novembre 1907 car elle a obtenu un contrat pour une traduction d'allemand. Elle suit sa commanditaire jusqu'à Saint-Pétersbourg. Libre à la fin de l'année, elle obtient une prolongation de congé jusqu'en avril qui lui permet d'étudier le fonctionnement des écoles de la ville grâce à une recommandation de l'ambassade de France. De retour, elle demande sa réintégration. Elle reçoit un avis favorable de son inspectrice :

         Après ses classes à Sophie-Germain, Hélène Brion donne des cours de français à l'école anglaise de la rue des Acacias. 

         « Mlle Brion est intelligente, elle s'occupe avec zèle et dévouement des élèves qu'on lui confie. Elle est tout à fait dépourvue de ressources. Ce sont des raisons pour que je transmette sa demande avec avis favorable ».

         Elle est nommée stagiaire suppléante dans le 10ème et le 19ème arrondissement. Le 24 avril 1911, elle devient enfin titulaire à l'école maternelle de la rue Candale à Pantin où elle obtient un logement de fonction. Cette titularisation couronne ses années d'auxiliariat où elle a montré des qualités pédagogiques certaines, comme le confirme son inspectrice :

         « Mlle Brion est auxiliaire depuis cinq ans. Elle est très appréciée des directrices qui l'ont eue sous leur direction ; elle est douce avec les enfants. Je souhaite de la voir arriver bientôt à un poste de titulaire à Paris ».

         Plusieurs années après, un autre rapport d'inspection complète cette appréciation :

         « Sous des dehors volontairement un peu rudes, Mme Brion cache son affection pour les enfants. Ceux-ci ne s'y trompent pas ; aussi sont-ils disciplinés, attentifs, toujours près à l'effort et progressent rapidement. Mme Brion sait les captiver, créer l'élan vers le progrès et c'est plaisir de voir se dérouler cette classe vivante au possible ». Il lui est toutefois recommandé « d'attacher plus d'importance aux habitudes de soin matériel, d'ordre, aux qualités extérieures ».

         Dès son entrée dans l'enseignement, elle adhère à l'organisation créée en 1905, « la fédération nationale des syndicats d'instituteurs et d'institutrices » (FNSI) ainsi qu'au nouveau parti socialiste SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière) fondé la même année. Mais, de son propre aveu, son engagement « féministe » a précédé son adhésion syndicale et politique. Elle cite le nom de plusieurs organisations dont elle est membre : « Suffrage des femmes, Union fraternelle des femmes, Union française pour le suffrage des femmes, ligue nationale du vote, etc. » Dès 1902, elle se lance dans la gigantesque entreprise de « L'encyclopédie féministe » qui va l'occuper toute sa vie. On aimerait connaître les influences qui l'ont conduites si tôt à un pareil engagement. Son action féministe et syndicale lui impose une intense vie sociale. Elle va de réunions en réunions, tenues souvent dans les écoles ou appartements de ses collègues, ou encore à la section socialiste de Pantin, rue Berthier. Elle entretient des liens amicaux avec de nombreuses collègues dont Henriette Izambart qui accueille des réunions dans son appartement de l'école de la rue du Général-Brunet dans le 19ème arrondissement. Ces obligations l'amènent à prendre quelque liberté avec l'administration : n'obtenant pas l'autorisation de s'absenter le samedi après-midi, elle passe outre, d'où la réaction de l'inspecteur d'académie :

         « Je suis d'autre part surpris que Mlle Brion ait cru pouvoir sans autorisation se faire remplacer par une femme de service. Je compte que ce fait ne se renouvellera pas. Mlle Brion devra accuser réception de mes instructions. »

 

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La syndicaliste

 

         En 1884, la loi Waldeck-Rousseau avait reconnu le droit syndical aux ouvriers dans le cadre de leur spécialité professionnelle. Les fonctionnaires en étaient exclus. Pour contourner cette interdiction, les instituteurs se regroupent en « amicales » permises par la loi de 1901 sur la liberté d'association. Mais ces amicales tendent progressivement à se transformer en syndicats. Le 13 juillet 1905 se crée la « Fédération nationale des syndicats d'instituteurs » (FNSI) qui ont adhéré à la CGT en 1909. Selon la conjoncture politique, les gouvernements passent de la tolérance à la répression. En période de statu-quo, la position officielle renvoie à une loi ultérieure portant statut de la fonction publique. Cette loi n'interviendra qu'en 1946.

         En 1912, le projet d'extension à trois ans du service militaire oppose la droite belliciste et revancharde à la gauche pacifiste et internationaliste. Au congrès de la FNSI de Chambéry en 1912, une initiative paraissant anodine met le feu aux poudres : c'est « le sou du soldat », qui est ainsi défini :

         « Afin de maintenir les relations existantes entre les camarades syndiqués soldats et leur groupement, il est institué dans chaque syndicat une œuvre spéciale dite « sou du soldat » destinée à leur venir en aide moralement et pécuniairement ».

         La réaction ne se fait pas attendre. Cette initiative est jugée antimilitariste par le gouvernement : « Il est maintenant avéré que les syndicats d'instituteurs deviennent des centres d'agitation politique, des foyers de désagrégation nationale ». Une circulaire du ministre de l'instruction publique Guist'Hau du 4 octobre demande la dissolution des syndicats d'instituteurs sous peine de sanctions. Plusieurs d'entre-eux obtempèrent, d'autres refusent, notamment celui de la Seine dont Chalopin prend la direction avec comme adjoint un instituteur pantinois, Maurice Foulon. Un manifeste de protestation est signé par le conseil fédéral dont Hélène Brion fait partie. Une action disciplinaire s'engage contre les signataires. Hélène Brion reçoit le 19 octobre 1912 une réprimande du directeur de l'enseignement primaire de la Seine, Maurice Foulon une mesure de « censure ».

         Après le congrès de Chambéry, elle est admise comme membre du conseil fédéral et comme déléguée de la Fédération de l'enseignement au comité confédéral de la CGT. Par suite de la démission du secrétaire général Joly en 1913, elle devient secrétaire adjointe auprès de son successeur Cottet en janvier 1914.

 

 

La grande guerre

 

         L'utopie de la solidarité internationale des ouvriers contre la guerre n'a pas résisté à la vague nationaliste. L'assassinat du pacifiste Jean Jaurès marque le début du ralliement de la majorité de la gauche à la lutte contre l'agresseur allemand. C'est « l'union sacrée ».

         Après la mobilisation générale, l'état-major de la fédération s'est réduit au trésorier Loriot et à Hélène Brion qui prend le poste de secrétaire générale. Celle-ci n'a pas craint d'afficher ses positions pacifistes dès le 30 juillet 1914 dans un article de « la bataille syndicaliste ». Toutefois, en militante disciplinée, elle se rallie à la position majoritaire de la SFIO et de la confédération qui soutient « la guerre du droit ». Pourtant le courant pacifiste, quoique minoritaire, se développe. Au congrès de la Grange-aux-belles en août 1915, le conseil fédéral, en opposition avec les positions nationales, se prononce en faveur de la propagande pacifiste. Hélène Brion y adhère avec soulagement, comme elle l'avouera à un ami : « C'est vrai, dira-t-elle, j'ai cru, entraînée comme tant d'autres, à la guerre du droit et de la justice ; mais je reconnais maintenant que je me suis trompée et je considère cette erreur comme la plus grande faute de ma vie. »

         Au congrès de Paris en 1915, elle milite pour le rétablissement de « L'internationale » et devient membre du comité pour la reprise des relations internationales.

         Dès lors, elle mène une intense action de propagande pacifiste, participe à de nombreuses réunions, à la diffusion de tracts, de publications interdites, etc. Elle poursuit aussi son action féministe en adhérant au « comité intersyndical d'action contre l'exploitation de la femme ».

         À Pantin, en dehors de ses devoirs pédagogiques, elle se montre admirable de dévouement envers les personnes les plus touchées par la guerre. C'est elle qui organise notamment les « soupes populaires », n'hésitant pas à éplucher elle-même les légumes.

         La police la surveille de près. On perquisitionne à son domicile pour y trouver des documents compromettants. On enquête sur elle. On demande un rapport à son inspectrice pour savoir si elle se sert de ses élèves pour la diffusion de tracts pacifistes. Déjà plusieurs membres de l'enseignement, dont les époux Mayoux, des Charentes, ont été poursuivis.

         Inculpée et suspendue sans traitement le 27 juillet 1917, elle n'est officiellement arrêtée que le 17 novembre et incarcérée à la prison pour femmes de Saint-Lazare où avaient été enfermées Louise Michel et l'anarchiste Jeanne Humbert. Elle comparait devant le Conseil de guerre du 25 au 31 mars 1918, avec son filleul, frère d'une de ses amies, Gaston Mouflard, accusé pour les mêmes motifs.

 

 

Le Conseil de guerre

 

         Devant ses juges, elle se montre d'une grande pugnacité, faisant preuve d'un tempérament de « battante ». Elle se défend pied à pied contre ses accusateurs, souvent avec plus d'habileté que de bonne foi. Ce procès déchaîne une campagne de presse de la part des journaux nationalistes comme Le Matin qui accumule les griefs contre elle. On lui reproche sa tenue de cycliste : « Habillée en zouave, musette de côté, elle passait par la fenêtre, s'asseyait sur les tables. » On l'a vue, une échelle sur le dos, un pot de colle à la main, apposer des affiches. On l'accuse de propagande anticonceptionnelle, d'être une espionne pour être allée en vélo vers les lignes ennemies. Profitant d'un congé de Noël où elle était allée à Londres rejoindre les suffragettes, elle aurait cassé quelques vitres et « descendu » quelques réverbères. De retour à Pantin quinze jours plus tard, elle avait présenté un certificat médical. On l'accuse aussi de s'être écriée dans le préau de son école le 1er août 1914 : « Ah ! Je voudrais mettre le feu au ministère de la guerre », etc.

         Devant de tels agissements, on envisagera de la soumettre à un examen psychiatrique, même si elle nie tout en bloc. Au cours du procès, les témoins à charge, ne font pas le poids face aux témoins à décharge, nombreux et chaleureux, qui sont souvent des personnalités connues, comme la féministe Marguerite Durand ou le député Jean Longuet, petit-fils de Karl Marx.

           Ce pacifisme découle directement de son féminisme : « Je suis ennemie de la guerre parce que féministe. La guerre est le triomphe de la force brutale, le féminisme ne peut triompher que par la force morale et la valeur intellectuelle ».

         Dans sa déclaration finale, elle se sert de son droit de parole pour exprimer ses idées. Elle avance pour sa défense l'argument sans doute le plus irréfutable : « Je comparais ici comme inculpée de délit politique ; or je suis dépouillée de tous les droits politiques... »

         Bien disposé à son égard, le tribunal ne la condamne pas moins à trois de prison avec sursis. Libérée après ce jugement, elle est révoquée de l'enseignement avec effet au 17 novembre 1917. Les autorités académiques lui intiment l'ordre de quitter son logement de fonction mais la municipalité de Pantin, propriétaire des locaux, la maintient rue Candale. Le 19 octobre 1919 les députés discutent du projet de loi d'amnistie qui pose le délicat problème de la réintégration des fonctionnaires révoqués. Cette réintégration après amnistie intervient-elle de droit comme le soutient l'avocat Pierre Laval ? Le Garde des sceaux est d'un avis contraire : elle ne peut intervenir que par un acte de bienveillance du gouvernement après étude de chaque cas. Hélène Brion ne sera réintégrée qu'en 1925 sous le gouvernement du « Cartel des gauches », près de huit ans après sa suspension.

 

 

Après la guerre

 

         Les combats terminés, les mobilisés reviennent et reprennent leurs postes. Découragée par sa condamnation, Hélène Brion cède sa place de secrétaire générale à son collègue et ami pantinois Maurice Foulon, ancien secrétaire adjoint. C'est lui organise le congrès de Tours de la FNSI, toujours illégal, en août 1919. Les institutrices révoquées pour leurs opinions – Hélène Brion, Marie Mayoux et Julia Bertrand - sont désignées d'enthousiasme comme assesseurs. En décembre de la même année, Hélène Brion et Maurice Foulon signent l'appel des « comités syndicalistes révolutionnaires » sur lequel figure cet objectif d'ordre général : « Nous ferons de la propagande pour la disparition du salariat et du patronat ». Tous deux se situent donc à l'aile gauche de la fédération. En février 1920, on les retrouve côte à côte pour créer à Pantin « l'université populaire », lui comme secrétaire général, elle comme membre du conseil d'administration.

         Privée d'enseignement à Pantin, elle apporte son concours à son amie le docteur Madeleine Vernet pour la seconder à « l'avenir social » d'Epône (Seine-et-Oise). Cette œuvre, dirigée par des militants socialistes, se propose d'assurer à des orphelins de familles ouvrières une enfance aussi proche que possible de celle qu'ils auraient connue dans leur famille.

         Elle reprend également sa lutte en faveur des femmes par la création d'une publication, La Lutte Féministe, « organe unique et rigoureusement indépendant du féminisme intégral ». Elle porte en exergue deux citations, l'une de Félix Pécaud : « Femme, ose être », l'autre de Madeleine Pelletier : « Quiconque est vraiment digne de la liberté n'attend pas qu'on la lui donne, il la prend ».

         Le premier numéro est du 20 février 1919. En principe mensuelle, La Lutte Féministe paraît de façon irrégulière jusqu'au numéro 18, du 20 octobre 1921. Hélène Brion assure la rédaction de l'éditorial comme celui de 3 juillet 1919 intitulé « leur paix » : « Leur paix, révisable à brefs délais dans l'intérêt supérieur de l'humanité. »

         Dans un autre éditorial, elle s'élève envers la recrudescence de sévérité contre l'avortement, l'adultère. « La reconnaissance des droits d'être humain de femme vient une fois de plus d'être remise aux calendes grecques ». La Lutte Féministe comporte des rubriques régulières : tribune législative, coin des lecteurs et lectrices, morceaux choisis littéraires, mœurs et morale sexuelle, sport, mode, etc. On relève également la rubrique « le coin de l'au-delà » tenue par Hélène Brion elle-même qui montre ainsi son intérêt pour le spiritisme. Dans les derniers numéros, apparaissent des témoignages et articles sur la révolution bolchevique. Dans un éditorial « Retour de Russie », Hélène Brion s'entretient avec une dénommée « Flora » de retour en France. Elle l'interroge sur la condition des femmes. Son interlocutrice lui répond : « Là-bas, notre cause a vaincu ; là-bas nous sommes dans la lutte aussi, non en auxiliaires, en inférieures mais en égales. Notre égalité est admise en principe et l'émancipation nous est prêchée comme un devoir. »

         Après l'avoir entendue, elle change le titre de sa publication qui devient : La lutte féministe pour le communisme. C'est une femme convaincue qui va partir à son tour pour connaître la Russie devenue soviétique.

 

 

Le séjour en Russie soviétique

 

         À partir du 15 juillet 1920, le gouvernement soviétique doit réunir à Moscou le IIèmeCongrès du Komintern. Y sont conviés les adhérents au « Comité pour l'adhésion à la IIIème internationale » dont Alfred Rosmer est le représentant pour la France. Le parti socialiste qui cherche à s'informer sur les événements et savoir à quelles conditions il pourrait être admis à la « IIIèmeinternationale », envoie sur place une mission comprenant deux parlementaires chevronnés : Marcel Cachin et Ludovic Oscar Frossard.

         Hélène Brion est l'un des délégués du « Comité pour l'adhésion à la IIIème internationale ». Elle est accueillie à Petrograd par le révolutionnaire Victor Serge et à Moscou par Suzanne Depollier, institutrice française installée en Russie. On la loge à l'hôtel Dielovoï Dvor réservé aux visiteurs de second rang. Elle relate son séjour dans un manuscrit encore inédit : « Choses et gens de Russie rouge », qui a été analysé dans une étude de Sophie Coeuré[2].

         Vivant une période d'exaltation heureuse, elle privilégie les contacts directs. Elle obtient quelques minutes d'entretien avec Lénine (« Le masque est rébarbatif, oui, mais le regard est bon, si intelligent ! Et le sourire est si rayonnant ! »), côtoie Trotski au congrès des femmes communistes. Elle cultive l'amitié de plusieurs militantes. Mais elle préfère aux débats idéologiques, les rencontres et les témoignages vécus. Elle vibre et s'émeut en entendant des femmes écrasées par la misère, garder leur foi en l'avenir. Ses considérations sur « l'expérience sociale magnifique » du communisme la conduisent à apprécier surtout les acquis immédiats de la classe ouvrière. Elle se réjouit des mesures en faveur des femmes et voit l'influence du féminisme dans le progrès des mœurs : « Dans l'enthousiasme, la propreté morale, la pureté de vie, l'espèce de fanatisme du bien qui galvanise le parti, on peut reconnaître l'influence des femmes. » Elle reconnaît toutefois que le modèle reste le travailleur viril et fort, et que les femmes restent peu représentées dans les classes dirigeantes. Il en est de même du spiritisme pratiqué par quelques révolutionnaires, mais qui n'est pas suffisamment reconnu : « Et je rêve du jour où cette jeune science officielle, qu'ici nos bourgeois sont seuls à cultiver, répandant sa lumière là-bas indifféremment sur tous les humains, achèvera de donner sa sanction scientifique au communisme et au beau rêve réalisé de la solidarité humaine. »

         De retour en France après un séjour de six semaines, elle se lance dans une campagne de propagande au cours de laquelle elle ne fait pas moins de 85 réunions au printemps de 1921. Tout en conservant sa liberté d'expression, elle ne met jamais en cause le régime soviétique.

         Dans l'Hérault, on annonce ainsi sa venue : « La camarade Hélène Brion, de retour de Russie, sera dans la région à partir du 23 mai pour une tournée de propagande. Elle traitera le sujet si passionnant pour les militants communistes et syndicalistes révolutionnaires. »

         Depuis le congrès de Tours de 1920 qui a consacré la scission du parti socialiste, Hélène Brion adhère au nouveau parti communiste français. Le parti n'assure pas sa promotion en lui confiant des responsabilités en son sein comme il le fait pour son amie Suzanne Dépollier devenue membre du bureau politique. Il faut dire que ni le féminisme ni le spiritisme ne constituent pour lui des thèses prioritaires. De son côté, Hélène Brion s'éloigne progressivement à la fois du syndicalisme et du communisme. « Socialisme et syndicalisme s'efforcent surtout d'aménager le sort des travailleurs et des classes pauvres. Or les femmes sont plus exploitées par la collectivité masculine en tant que femmes qu'elles ne le sont par le capital en tant que productrices... » On ne doit donc pas leur reprocher de s'occuper elles-mêmes des questions qui les concernent. C'est ce qu'Hélène Brion va s'efforcer de faire par une action indépendante des partis et des syndicats.

 

 

Réintégrée dans l'enseignement

 

         Au mois de décembre 1924, le ministre de l'instruction publique enfin favorable à une mesure de réintégration, demande au directeur de l'enseignement primaire de la Seine de la convoquer « et lui faire comprendre le sens exact de la mesure que je vous suggère. C'est une mesure d'oubli et de pardon, et nullement une justification rétrospective des actes regrettables commis dans le passé ». La décision intervient le 16 janvier 1925. Hélène Brion retrouve son poste à l'école maternelle de la rue Candale où elle continue à résider. Son logement sert à l'hébergement de nombreux hôtes de passage, ce qui ne va pas sans quelques frictions avec ses voisins. Il a accueilli notamment Suzanne Dépollier à son retour de Russie.

 

         En mai 1932, elle assure pendant plus de quatre mois en donnant pleine satisfaction la direction de son école.

         Au cours de ses années d'exercice, une situation conflictuelle met en évidence son sens de la justice. Le 26 avril 1928, jour de l'ouverture de l'école de plein-air de la rue Méhul, elle écrit à son inspectrice pour se plaindre de la façon dont le recrutement de cette école a été réalisé. Elle s'élève contre l'admission de filles d'institutrices alors que l'école de plein-air est réservée aux enfants de familles nécessiteuses.

         En dehors de cet incident, aucun fait notable n'est à révéler en ce qui concerne l'activité de cette excellente institutrice. Elle exercera ses fonctions à Pantin jusqu'à la veille de la seconde guerre mondiale.

 

 

Les deux dominantes

 

         La lutte féministe a mobilisé Hélène Brion tout au long de sa vie. Par son adhésion à de nombreuses associations, des conférences (notamment sur Flora Tristan), des congrès, des manifestations, des publications ou des interventions auprès de parlementaires, elle a contribué à l'adoption de mesures significatives. Cette pression à failli déboucher sur le droit de vote des femmes : en 1919, par 344 voix contre 97, la chambre des députés accorde aux femmes le droit de vote et l'éligibilité. Cette loi est rejetée par le sénat. Elle milite également pour l'accession des femmes à tous les emplois à égalité de salaire et pour l'égalité des droits de la femme mariée par rapport au mari.

         La seconde guerre n'interrompt pas son action. À la libération, elle assure la présidence de l'association « femmes de la libération humaine ». En mars 1945, au nom d'un groupe de femmes du 12ème arrondissement où elle réside, elle écrit à Mme Roosevelt : « Il faut qu'il y ait des femmes dans les assemblées et conférences qui élaborent les statuts futurs de la paix mondiale, autant de femmes que d'hommes.

         Il est cependant certain que sa grande œuvre demeure la monumentale « Encyclopédie féministe » commencée dès sa vingtième année. C'est une entreprise un peu folle, restée inachevée et dont quelques dizaines de volumes existants sont impubliables. Elle y travaille surtout pendant l'Occupation dans les Vosges où elle s'est repliée. Cette encyclopédie se présente sous forme de cahiers dans lesquels sont regroupées par ordre alphabétique, généralement du nom de famille, des notices sur des femmes jugées exemplaires. Dans chaque cahier, le principe de classement est le même en recommençant par le début de l'alphabet. À la fin, les notices font l'objet d'un regroupement thématique et géographique. Ce texte disparate n'aurait peut-être pas nui à une publication dans un dispositif plus méthodique si le contenu avait été plus homogène. Hélène Brion choisit ses sujets de manière extensive : à côté de femmes connues pour leurs activités littéraires, scientifiques, artistiques et même sportives, elle inclut des femmes inconnues citées dans des faits-divers des journaux. Par ailleurs, en dehors de fiches rédigées par elle-même, elle introduit des articles de journaux, des extraits de revues, des photographies. Dans ses archives, on trouve des cartons entiers de coupures de journaux en attente.

         Quel est l'objectif visé par une encyclopédie qui n'existe qu'à un seul exemplaire ? Cette entreprise demeure un mystère. En 1912, elle avait essayé d'en tirer des sous-produits sous forme de fascicules départementaux sur le modèle des « guides Joanne ». Elle en a confectionné plusieurs maquettes cartonnées sur lesquelles ont lit avec surprise le titre suivant :

« Les Joannes Féministes.

Guide Brion pour le département de...

gravures et cartes.

H. Brion et Cie Éditeurs.

Imprimerie, 1 rue Candale, Pantin ».

Qu'en aurait pensé son inspectrice ?

         Le spiritisme constitue son second intérêt permanent. On trouve dans ses archives de nombreuses lettres qui témoignent de ses relations avec le milieu de l'occultisme : Miss Hamida professeur de sciences occultes, André Dumas secrétaire général de la « Maison des spirites », etc. Elle s'informe par le moyen de revues spécialisées comme La Revue spirite, journal « d'études psychologiques et de spiritualisme expérimental ». Elle participe à des séances de spiritisme. Une lettre à sa collègue Mme Grimmer du 15 janvier 1952 nous éclaire sur ses croyances fondées sur la communication avec « l'au-delà » :

         « ... Et puis, bien sûr, je vous aurais parlé spiritisme et j'aurais eu l'air d'une soldate de l'armée du salut partant à la conquête d'une âme et utilisant pour cette œuvre pie, tous les avatars que les divers seigneurs de l'au-delà déversent à tire-lire sur notre pauvre monde. Or je n'ai pas quand même l'outrecuidance de prétendre que tous ceux qui ne « croient » pas en ma vérité sont « perdus ». Au contraire, je suis absolument sûre que tout un chacun est sacré, c'est à dire sûr de la survivance au-delà de la mort. Matérialistes féroces et négateurs absolus n'en abordent pas moins l'autre rive et y retrouvent les leurs, ainsi que les conséquences, bonnes ou mauvaises, de leur comportement ici bas ».

Elle fait des conférences sur ce thème. À l'issue de l'une d'elles devant des jeunes de Pantin, une amie lui écrit : « Bravo pour votre conférence à Pantin, mais chère camarade, vous leur avez dégoisé toute la lyre du spiritisme, il n'y a plus rien à leur dire à ces jeunes gens ! »

 

 

Vie privée

 

         Si l'on est informé sur son action militante, une grande obscurité entoure la vie privée d'Hélène Brion. Plusieurs articles mentionnent l'existence de deux enfants qu'elle aurait eus d'un émigré russe. On n'en trouve aucune trace. Plus récemment, des chercheurs ont trouvé dans ses archives des lettres qui semblent plutôt aller dans le sens d'amitiés féminines. On avance les noms d'Henriette Izambart, de Marguerite Othon, de Suzanne Dépollier, d'Angelica Balabanoff. Il faut toutefois rappeler qu'au moment de son procès de 1918, aucun de ses détracteurs les plus virulents n'ont émis une telle hypothèse, malgré ses vêtements masculins et son comportement viril.

         Une même incertitude plane sur l'évolution de son état de santé. De la correspondance échangée à partir de son nouveau domicile du 7 rue Michel-Chasles dans le 12ème arrondissement, on peut isoler quelques phrases qui indiquent une détérioration de son état physique, notamment dans les lettres de 1955 :

         « ... Enfin votre doctoresse a commencé à vous soigner normalement. J'espère que ce moyen sera le bon. »

         « Je voudrais bien savoir que votre traitement « radio » vous soulage ; que votre tremblement diminue et que vous redevenez valide. »

         Elle écrit : « Je suis malade », « j'ai vomi du sang » .

         Pour le nouvel an 1955 : « Je vous souhaite pour cette nouvelle année une grande amélioration de votre santé... »

         Elle fait plusieurs séjours en clinique. Le dernier s'effectue à la clinique « Diététique et gérontologie d'Ennery » (Seine-et-Oise) où elle décède le 31 août 1962. Le décès est déclaré à la mairie par le directeur de la clinique. Son cousin René Cholet, instituteur dans les Ardennes, qu'elle a hébergé pendant l'Occupation, lui évite la fosse commune du cimetière d'Ennery en lui achetant une concession de trente ans et en lui élevant une sépulture maintenant à l'abandon.

 

         Ses archives ont été déposées pour partie à la bibliothèque du féminisme « Marguerite-Durand », pour partie à « l'Institut français d'histoire sociale » (Archives nationales).

         Celle que l'on a appelée « la jeune Louise Michel », « la fille spirituelle de Jaurès » ou « l'ardente Ardennaise » est une personnalité d'exception. Pour devenir célèbre, il lui aurait fallu rencontrer des circonstances lui permettant d'exprimer pleinement sa nature profonde, qui est celle d'une héroïne. Faute d'une telle célébrité, sa lutte opiniâtre pour arriver à une meilleure égalité entre les deux sexes, devrait lui assurer la reconnaissance des femmes.

 

                                                                        André Caroff





Bibliographie :
- Colette Avrane,  Hélène Brion, une institutrice féministe, Extrait du Bulletin Archives du féminisme, n° 5, juin 2003
- Préface, notes et commentaires de Huguette Bouchardeau dans Hélène Brion, La Voie féministe, Syros, 1978



[1]   Cité par Madeleine Vernet, Hélène Brion, une belle conscience et une sombre affaire, Éditions d’ Epône, 1918.

[2]   « Une passagère du communisme », dans Le mouvement social n° 204, 2003/4, Éditions de l'atelier.

Sur plusieurs points des charges retenues contre elle, Hélène Brion ne peut toujours nier l'évidence : oui, elle a bien transmis des documents pacifistes à des soldats au front, mais uniquement à des instituteurs syndiqués. Elle ne peut être responsable de la diffusion qui aurait pu en être faite auprès d'autres soldats. Au reste, être pacifiste n'est pas être antinational et antimilitariste. D'ailleurs elle ne fait partie d'aucune association pacifiste.

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Published by Hélène Richard
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commentaires

Adam 01/01/2016 13:25

Hélène Brion est aussi personnage de fiction secondaire dans le roman "La Belle camarade" de Martine Muller, paru en 2011.

CHIRON 28/12/2015 23:53

Hélène Brion est très présente là

"Première Guerre mondiale: Le pacifisme des instituteurs syndicalistes"

http://www.gregoiredetours.fr/xxe-siecle/grande-guerre/loic-le-bars-premiere-guerre-mondiale-le-pacifisme-des-instituteurs-syndicalistes/

et un peu ici "Militants contre la guerre 1914-1918"

http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/40668

http://www.gregoiredetours.fr/xxe-siecle/grande-guerre/loic-le-bars-premiere-guerre-mondiale-le-pacifisme-des-instituteurs-syndicalistes/

ALAIN 26/12/2015 09:46

Dans "Fernand Loriot Le fondateur oublié du Parti communiste" de Julien Chuzeville (page 11)
Hélène Brion s'oppose à la dissolution de la Fédération nationale des syndicats d'instituteurs

adam 30/07/2014 13:33

Dans le "Dictionnaire de la Grande Guerre", deux tiers d’une page sont consacrées à Hélène Brion
http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/41787

Adam 16/02/2015 17:30

Le 10 novembre 1915, Hélène Brion rencontre Troski. P. 275

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/cmr_0008-0160_1963_num_4_3_1551

Alain 09/11/2013 18:56

1)La carte postale en juin 1916 avec au dos : "La Française doit voter pour vous aider dans le bon combat ! Bravo les trois Kienthaliens ! Bravo ! Enfin !! Quelque chose se dessine ."
est reproduite page 172 de l'ouvrage "Nous crions grâce" aux éditions ouvrières.
2)"En effet page 11, on est heureusement surpris de trouver la reproduction de la première page de la Revue des causes célèbres du 2 mai 1918 avec Hélène Brion, institutrice titulaire à l’école
maternelle de la rue Candale à Pantin devenue après la déclaration de guerre secrétaire générale à la Fédération de l’enseignement de la CGT. Elle est donnée ici comme "patronne de la fédération
des instituteurs et institutrices". Elle comparait devant le Conseil de guerre du 25 au 31 mars 1918 avec pour avocat Oscar Bloch, qu’on aurait aimé voir cité car il est représenté également.
Hélène Brion s’était fait attribuée deux enfants imaginaires par Françoise Thébaud dans Les femmes au temps de la guerre de 14, elle les a perdus heureusement là. Ce qui a évité de faire de la
peine à cette éventuelle mère, car ils auraient certainement aimé lire Les Pieds-Nickelés s’en vont en guerre".

http://ceuxde14.wordpress.com/2013/10/19/les-madelon-etaient-plus-a-rouler-des-obus-qua-rouler-des-tonneaux-dans-les-cafes/

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  • Histoire de Pantin
  • Textes : André Caroff. Recherches : André Caroff et Hélène Richard. Contact : hr4545 (chez) gmail.com

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