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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 16:50

 

 
 Résumé :
Construite sous le Directoire par l’architecte Perrard de Montreuil pour le financier Louis Pierlot, puis transformée en maison de rapport au cours du XIX° siècle, la folie de Pantin devrait faire l’objet d’une restauration dans le cadre de la future base de loisirs.




         Sous l'Ancien régime, s'étendait au pied des hauteurs de Romainville une terre ecclésiastique sise au lieu-dit Les Godefins. Cette terre faisait partie du bénéfice du Prieur de la Chapelle de la Vierge de l'église de Pantin. C'est sur cet emplacement que s'élèvera la construction appelée improprement Folie de Romainville puisqu'elle se situera sur le territoire de Pantin. Pour établir l'historique de cet édifice, il convient de partir de la nomination de l'abbé de Combles à Pantin.


Avant la Folie, la maison de l'abbé Colin de Combles

 

         Claude Jean Baptiste Colin est né en 1733 à Bar-le-Duc, d'un père marchand. Il ajoute à son nom celui du petit village de Combles où habitent ses parents.

         Après sa prêtrise, il est entre au service du duc de Lorraine Stanislas Leszczynski puisqu'il se dira « prédicateur du roi de Pologne ».  On le trouve en poste comme vicaire de l'église Saint-Benoît à Paris où il réside. Il est ensuite nommé à Pantin comme prieur « sans charge d'âmes » et non comme curé responsable d'une paroisse. Mais son bénéfice est important puisqu'il comprend, outre des parcelles à Pantin, un grand immeuble de rapport dans le Marais.

         Le sous-sol des Godefins recèle d'importants gisements de gypse (la fameuse pierre à plâtre) qui ont été antérieurement exploités. Le nouveau prieur y trouve les vestiges d'une ancienne carrière ainsi que les ruines d'une maison de carrier. L'abbé Il voit tout le profit qu'il pourrait en tirer en reprenant à son compte la fabrication du plâtre. A partir de 1770, il achète des parcelles avoisinantes, ouvre des carrières, construit des fours, élève une nouvelle maison. L'état des lieux qu'il fait réaliser en 1775 nous permet de connaître cette dernière construction qui précède la future Folie, ainsi que les bâtiments annexes :

         Située entre cour et jardin, elle se compose d'un corps de logis de cinq croisées et comporte quatre niveaux : un sous-sol, un rez-de-chaussée, un étage d'attique et un comble. Les murs sont ravalés en plâtre à l'exception de leur partie haute. Le bâtiment est couronné d'une corniche d'entablement couverte de tuiles et décoré de divers ornements d'architecture.

         On entre dans le corps de logis par un perron à trois marches de pierre qui permet d'accéder par le jardin à un vestibule carré pavé de grands carreaux de terre cuite, entre cour et jardin. Un escalier muni d'une rampe de fer, à barreaux droits conduit aux différents paliers, également carrelés, éclairés par une lucarne au-dessus de la porte du vestibule côté jardin, et par la fenêtre médiane du premier étage.         L'étage de cour est un sous-sol voûté à deux berceaux doté de deux soupiraux.

         Le rez-de-chaussée comprend le vestibule avec la cuisine à gauche et sans doute une salle à manger à droite.

         Le premier étage ou étage carré comprend deux pièces (antichambre et chambre) toutes deux carrelées et plafonnées en corniches. Elles sont éclairées chacune par une fenêtre sur la cour et deux sur le jardin.

         L'étage d'attique, carrelé et lambrissé de plâtre, est plus compartimenté : le côté jardin comporte deux chambres dont une avec cheminée. Le côté cour ménage un dégagement sur lequel s'ouvre une chambre à deux fenêtres et une chambre avec cheminée éclairée par une fenêtre à châssis.

         Le corps de logis est encadré par deux édifices du côté cour : à droite une petite grange, à gauche une remise. Une basse-cour occupe la gauche de la cour. À proximité s'élève un petit édifice couvert de tuiles en appentis et à égout sur la chaussée conduisant à la carrière par une gouttière de bois.

         Rapidement, l'exploitation prend de l'extension. Dès 1771, elle rapportait déjà un loyer de 2400 livres. Peu après, elle pouvait fournir en une année 160 000 livres de plâtre. Cette extension conduit l'abbé de Combles à en louer une partie. Un bail est signé en 1777 avec le sieur Dumesnil mais le choix n’est pas heureux : Dumesnil cède rapidement le bail au sieur Garnier de la Cetrée, ancien capitaine à la Rochelle qui, poursuivi par ses créanciers, le cède à son tour aux sieurs Beaumont et Flandre de Brunville. S'engage alors un long contentieux avec ces locataires indélicats.

         L'abbé de Combles loue une autre carrière et la maison qu'il a fait construire à Nicolas Henri Sulleau, marchand de vins de Pantin. Il n'aura pas plus de chance avec lui mais son caractère irascible et son goût pour la chicane sont à l'origine de maintes difficultés. C'est ainsi qu'il est condamné à une amende pour avoir fait travailler ses ouvriers le dimanche. Il rédige ses baux de manière tellement tatillonne, qu'il trouve toujours matière à procès. Au besoin il se fait justice lui-même. Voulant récupérer des ustensiles prêtés à Sulleau, il s'en prend à lui avec violence.

 


         Un autre procès lui est intenté à propos de l'alimentation en eau. En dehors de quelques puits, Pantin bénéficie des sources de Romainville dont les eaux parviennent au village par des conduites enterrées. Un des tuyaux passe sous la basse-cour de l'abbé. Sans vergogne, celui-ci branche un robinet et s'approvisionne en eau aux dépens de la communauté. Il est condamné et doit remettre la tuyauterie en état. En 1780, il se résout à forer un puits. Ce puits existe encore dans la cour de la Folie. Le bel amandier qui jaillit de son centre a descellé les pierres de la margelle.       

        À la Révolution, l'abbé quitte l'état ecclésiastique et devenu « citoyen Decomble », il exerce maintenant les fonctions de secrétaire du conseil municipal et de greffier du tribunal de paix.

         Après la constitution civile du clergé, son bénéfice de prieur de la chapelle Notre-Dame est mis en vente comme bien national. Il ne peut conserver sa maison parisienne mais est en mesure de racheter les parcelles de Pantin. S'appuyant sur l'expertise de 1775, il prouve qu'il l'avait trouvée en friche à son arrivée. Il ne paie donc que le prix du terrain, soit 1810 livres. Avec un couple de domestiques, il s'installe dans une petite maison, à proximité de la propriété qu’il met en vente en 1795. L'acquéreur de sa propriété est un notable parisien, Louis Pierlot.

 

La Folie de Louis Pierlot

 

Fils de petits cultivateurs du Luxembourg, Louis Pierlot
est venu josephine.jpgchercher fortune à Paris. D'abord employé
dans les fermes du roi, il se lance dans les affaires et fait fortune sous la Révolution. Lorsque la recette générale des impôts est créée, il devient receveur
général du département de l'Aube, tout en participant à la fourniture de lits pour les armées. De 1801 à 1806,
il remplit la charge de régent de la Banque de France.
On le trouve ensuite comme intendant général de l'impératrice Joséphine après son divorce.  

Celle-ci lui donnera d'ailleurs en cadeau son portrait conservé au Musée Masséna de Nice (photo).

Le citoyen Decomble vend donc le 20 mai 1795 à
Louis Pierlot négociant, une propriété « ayant
son entrée sur le chemin de la carrière » d'environ
3 arpents et demi, consistant « en un corps de logis simple entre cour et jardin contenant la dite cour, jardins et bâtiments, le tout clos de mur ».

        
Cette vente est conclue pour la somme de 25 000 francs. Une rente viagère de 12 000 francs sera versée au citoyen Decomble, qui aura la possibilité de continuer à exploiter une carrière à plâtre. L'acheteur demande en outre que l'on procède à des « augmentations et embellissements » pour la somme importante de 75 000 francs (dont 50 000 francs à payer comptant).

        Ces travaux ne relèvent plus d'un simple entrepreneur local mais imposent l'intervention d'un architecte. Ce sera François Victor Perrard de Montreuil, à qui Decomble fournissait déjà du plâtre. Par ailleurs son père, Nicolas Antoine Perrard, avait réalisé l'expertise de 1775 et effectué des travaux dans la maison de Paris.

        Un devis ayant été établi, les travaux devront être terminés « dans le cours de la présente année ». Si les délais ont bien été respectés, la Folie telle que nous la connaissons a été édifiée avant la fin de 1795, c'est à dire au début du Directoire.

         L'architecte François Victor Perrard avait été le maître d'œuvre de nombreux hôtels particuliers, notamment celui commandé par le vicomte de Ségur (le fils du seigneur de Romainville) pour sa maîtresse. Loué ensuite à Joséphine de Beauharnais, il était vendu à Bonaparte en 1796. C'est dans cet hôtel qu'est préparé dès le retour d'Égypte le coup d'état du 18 Brumaire.

         Architecte du grand prieuré de France, Perrard avait édifié la « rotonde du Temple » et s’était chargé des travaux des commanderies de l'ordre de Malte. Nommé inspecteur des bâtiments en 1787, il revoit à la baisse les projets dispendieux de Ledoux pour l'impopulaire construction de la « barrière des fermiers généraux ». Mais en raison de deux faillites, il est publiquement discrédité.

 

        










          
À Pantin, l'édifice flambant neuf de la  Folie présente une belle façade néo-classique avec ses lignes horizontales de refends creusées pour simuler les joints entre les pierres, ainsi qu'une remarquable porte d'entrée surmontée d'une lucarne en demi-lune. Le corps central du bâtiment est encadré par deux pavillons comportant chacun un fronton triangulaire où s'inscrit un bas relief d'inspiration mythologique. 
         Celui de droite (aujourd’hui disparu) figurait peut-être une scène de récompenses attribuées par Minerve à des artistes car il portait l'inscription « Aux Arts ». Celui de gauche semble consacré à Hercule à cause de la massue tenue par le personnage féminin de droite. 
    
           
         Par rapport aux descriptions antérieures, on voit que les deux ailes du côté cour ont été prolongées symétriquement côté jardin conférant ainsi à l'édifice la forme d'un « H ». Il semble également que l'entrée principale donnant jusqu'ici dans le jardin ait été transférée dans la cour face à la porte de la propriété située impasse de Romainville. L'aménagement intérieur est plus difficile à apprécier compte tenu du cloisonnement ultérieur. La pièce principale paraît avoir été celle du rez-de-chaussée à droite. Ses panneaux, ses faux marbres, ses trompe-l'oeil, laissent à penser que les embellissements ont aussi porté sur la décoration intérieure. Certains placent dans l'aile ouest un salon en hémicycle.

         Accaparé par ses multiples affaires, il est peu probable que Louis Pierlot ait eu le loisir d'y mener une vie mondaine. Il loue rapidement la Folie à des locataires. Dans les recensements de 1800 et de 1804, on trouve le nom de madame de Montesson (photo).



        
          

         Charlotte Jeanne Béraud de la Haie du Riou, née en 1738, se marie à 17 ans au septuagénaire marquis de Montesson. Devenue veuve, elle rencontre le duc d’Orléans, Louis Philippe dit « le gros » qui en fait son épouse morganatique. Le couple habitera le château du Raincy jusqu'à la mort du duc d'Orléans en 1785. La marquise se réfugie dans un couvent puis occupe son hôtel particulier de la Chaussée d'Antin. Amie de Joséphine de Beauharnais, elle bénéficie de la protection de Bonaparte. Elle achète en 1802 le château du Moulin de Romainville (à l'emplacement de l'ancien fort) où elle reçoit une société choisie.  
         À la suite de ses déboires financiers, Louis Pierlot se sépare de la Folie en 1811 en l'échangeant pour une maison sise 18 rue Blanche qui appartient au comte de Valence, petit-neveu par alliance de Mme de Montesson.

         Celui-ci la cède par contrat sous seing privé au chevalier de Fonvielle qu'il a connu à Toulouse et qui a repris contact avec lui à son arrivée à Paris en 1798.

 

Le spectateur de la Folie

 

         Bernard François Anne Fonvielle (dit le chevalier de), né à Toulouse en 1760, est un aventurier. Il a exercé diverses activités dans le sud de la France avant de participer au mouvement révolutionnaire dans le parti girondin. Il s'établit à Marseille où il fonde une entreprise commerciale aux activités plus ou moins douteuses qui l'enrichissent. Mêlé à des actions de propagande royaliste en compagnie du père d'Adolphe Thiers, il mène une vie mouvementée dans différents pays étrangers. Il se marie en 1796 à Virginie Templier dont il aura cinq enfants. Lorsqu'il s'installe à Pantin, il occupe un poste de sous-chef de bureau à la section de l'habillement du ministère de la guerre. Il commence par jouir d'une vie agréable dans son domaine et reçoit beaucoup.

         A la mort de l’abbé Decombles, il décide de reprendre l’exploitation du plâtre ; il fait sonder la carrière pour estimer la masse de gypse qu’elle renferme, achète des chevaux, embauche 30 ouvriers et fait réparer les fours.

        Mais les troupes coalisées contre Napoléon envahissent la France et s'approchent de la capitale. Ils arrivent aux portes de Paris à la fin du mois de mars 1814. Alors que les habitants de Pantin ont déserté leur village, Fonvielle demeure à la Folie pour les accueillir. Il est même prêt à héberger les souverains. Dans ses « Mémoires historiques » où il se donne le beau rôle et cherche à faire oublier son passé révolutionnaire, il relate la bataille de Pantin du 30 mars. Des hauteurs de son jardin, il observe le mouvement des troupes. Son domaine est occupé, la Folie dévastée par les soldats russes. Il avait pris la précaution de déménager l'essentiel de son mobilier quelques jours auparavant mais ce qui reste est entièrement brisé. Pendant les combats, la Folie se trouve sous le feu des batteries postées sur le plateau de Romainville. Elle ne semble pas avoir été sérieusement touchée puisque Fonvielle ne demandera que 100 francs de dédommagement au titre des bâtiments alors qu'il réclamera 1300 francs pour le mobilier.

         Après les évènements de 1815, Fonvielle quitte définitivement Pantin.  

 

Les nouveaux propriétaires

 

         Dès 1816 le domaine passe à Étienne Antoine Minet-Montreuil qui, par décision de justice, doit le céder à son épouse Émilie de Couliboeuf au moment de son divorce le 5 juillet 1818. Dans le cadre de cette procédure, un inventaire réalisé en 1817 montre que les dégâts dûs à la guerre et à l'occupation ont été réparés et le mobilier entièrement renouvelé.

         La propriété est ensuite rapidement vendue à Pierre Dumontier le 20 octobre 1821. Elle restera près de vingt ans dans la même famille, ses deux fils Abel et François Guillaume poursuivent l'exploitation des carrières et fabriquent de la chaux hydraulique.

         À partir du milieu du siècle, les propriétaires cessent d'être des exploitants de carrières et leur domaine tend à se limiter à l'enclos où se trouve la Folie et le jardin d'agrément (appelé « jardin anglais » dans le cadastre de 1855).  

         À quel moment s'est-elle cloisonnée en logements locatifs? Les recensements de la population laissent penser que cette transformation intervient après la guerre de 1870, ou peu de temps auparavant. Ces recensements ne nous renseignent pas sur les locataires du seul bâtiment de la Folie car plusieurs constructions existant sur le site hébergent aussi des locataires. Le recensement de 1876 mentionne 6 familles regroupant 18 personnes dans ces bâtiments dont nous avons la description dans l'acte de vente du 24 septembre 1881 :

         « Premièrement, un principal corps de logis élevé sur caves, de deux étages avec combles, ailes à droite et à gauche, élevées d'un rez-de-chaussée. Deuxièmement, petite maison élevée d'un rez-de-chaussée sur terre-plein, grande cour au devant de la maison avec réservoir, autre cour dans laquelle se trouvent des hangars, de petits logements et un puits, jardin et terrain ayant été exploité en carrière, le tout d'une contenance superficielle de 12 075 m2 ».

         En 1870, le propriétaire s'appelle Jean-Pierre Rouquette, libraire, habitant passage Choiseul. À cette date, il a déjà des locataires, dont Jean-Pierre Apollinaire Henri Blanc, fabricant de vernis, qui lui rachète la maison en 1881. Il en demeurera propriétaire pendant 25 ans, jusqu'en 1902. Celui qui lui succède, Antoine Daudiné, y habitera pendant 15 ans, jusqu'en 1917. Le propriétaire suivant, André Boucherat, le reste pendant 19 ans de 1917 à 1936. Commence ensuite une longue période de 50 ans où la propriété demeure dans la famille Collinot.

         La population des locataires est essentiellement ouvrière. Les chefs de famille travaillent dans l'industrie et le commerce, parfois dans l'administration. Les femmes restent en majorité au foyer. Lorsqu'elles travaillent, elles sont parfois ouvrières dans l'industrie (laboratoires, industrie du caoutchouc...) mais surtout dans la confection, la vente ou le secrétariat.

         La Folie et ses annexes hébergent entre 9 et 13 ménages pour un effectif variant entre 18 à 39 personnes suivant le nombre d'enfants (3 à 22). Cette population est relativement stable. Entre 1891 et 1906, plus de la moitié des ménages est présente dans au moins trois recensements successifs. La première guerre mondiale opère une nette coupure. Le renouvellement des locataires est total entre 1911 et 1921, alors que la seconde guerre ne rompt pas cette stabilité. La population a tendance à vieillir sur place ; de ce fait les personnes de plus de 50 ans sont parfois plus nombreuses que celles de moins de 20 ans, comme en 1881 et 1946. Le nombre de personnes seules est généralement élevé pouvant atteindre la moitié des ménages.

 

La gestion municipale

 

         Après le décès d'Isidore Frédéric Collinot, la propriété passe à sa femme puis à sa fille Germaine et à ses neveux. C'est à eux que la municipalité de Pantin achète le domaine le 13 novembre 1986. Il comprend, outre le bâtiment principal « un pavillon d'habitation élevé sur caves, d'un rez-de-chaussée, composé d'une entrée, une grande cuisine, un bureau, salle à manger et trois chambres ». Ce pavillon en briques rouges, visible de la rue Charles-Auray, se trouve à la droite de l'entrée de la propriété. La municipalité confie la gestion de la location des logements à la société d'économie mixte immobilière de Pantin (S.E.M.I.P) puis à l'O.P.H.L.M à partir de 1992. La répartition des logements dans le bâtiment principal est le suivant : au rez-de-chaussée, un studio et un « deux pièces » (F2), au premier étage trois logements F2, au deuxième étage deux logements F2.

 














Un monument historique en péril

 

         Dans les années 1980, on commence à s'intéresser à l'histoire de l'édifice et à sa valeur architecturale. On constitue un dossier en vue de son inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Depuis la démolition dans les années trente de la maison de la Seigneurie, la Folie reste avec l'église Saint-Germain le seul vestige d'un passé révolu. Après un avis favorable, sa façade et sa toiture sont inscrites à l’inventaire supplémentaire (arrêté du 21 décembre 1984 notifié le 15 avril suivant).

         Mais les propriétaires successifs ont laissé la Folie se dégrader faute de l'entretien et des réparations nécessaires. Aussi, en prenant en charge le bâtiment, la municipalité a eu le souci de faire procéder à son état sanitaire. On constate que le ruissellement des eaux de pluie a endommagé les matériaux de construction à base de plâtre et de gypse. Il a causé notamment le décollement des plaques de la façade qui constitue un réel danger. En revanche les sondages ont révélé qu'aucun vice particulier n'affecte les fondations du bâtiment. Une restauration de la Folie pourrait donc être envisagée. Mais des travaux urgents s'avèrent nécessaires et les détériorations intérieures excluent le maintien des locataires :

         « Dans le corps principal, les déformations des sols et des murs ont rendu impossible l'ouverture des portes et des fenêtres, faussé les chambranles et les dormants, décollé et ruiné les lambris de la décorations, fracturé les carreaux ; exposant aux intempéries tous les niveaux du bâtiment ».

         A la fin de l'année 1994, des circonstances malheureuses provoquent l'écroulement de l'aile droite de l'édifice. Les travaux nécessaires à la restauration de la Folie paraissant hors de portée des ressources communales, comment sauver la Folie ? Un projet de base de loisirs régional vient opportunément apporter une solution d'avenir.

 

La base de loisirs et de plein air de la corniche des forts

 

         La région d'Ile-de-France forme le projet de créer un certain nombre de bases de loisirs. Le site des buttes de Romainville s'y prête particulièrement par les espaces constitués par les parcs communaux de Romainville, des Lilas et de Pantin, le parc départemental de la « Sapinière », ainsi que par des terrains situés à Noisy-le-Sec.

         En concertation avec les communes intéressées et le département, le Conseil Régional a décidé le 21 septembre 2000 d'installer sur ce site une base de loisirs et le plein air « la corniche des forts » sous la houlette d’un syndicat mixte d'étude et de gestion.

         À partir des avant-projets envisagés, on peut se faire une idée de ce que deviendra la Folie à l'horizon 2012, même s'ils ne sont que provisoires. La Folie de Pantin serait l'une des portes principales de la future base. Outre les services d'accueil, le bâtiment devrait abriter une « Maison de la nature » dédiée à la faune et à la flore. À proximité, les squares de Pantin réhabilités (Henri-Barbusse et République) et de nouveaux espaces de détente et de divertissement : une prairie de jeux, la basse-cour, la ferme des poneys, les jardins de découverte et un peu plus loin, l'école d'escalade ».

         S'agissant plus particulièrement de la Folie, on apprend que « le bâtiment existant sera réhabilité sur la base de son organisation d'origine : rez-de-chaussée plus deux étages, desservis par l'escalier central. L'aile démolie sera reconstruite suivant son volume extérieur d'origine, l'intérieur sera réorganisé pour mieux s'adapter au programme ». Il est précisé en outre que « le mur d'enceinte et le portail seront remontés. Le parvis du bâtiment est un dallage de pierre qui fait le tour de la Folie. Le puits et l'amandier, indissociables, sont conservés dans leur surprenant enlacement ».

         L'entrée principale où s'arrêteront les cars se situera côté sud. L'entrée actuelle qui donne sur l'impasse de Romainville, deviendra l'accès secondaire réservé au personnel et aux groupes d'enfants.

         Puisque rien n'est encore définitivement arrêté, on peut former le voeu que ce projet ambitieux fasse une place à l'histoire locale, ne serait-ce que pour perpétuer le souvenir des hôtes de la Folie pendant la période où elle était encore une belle maison de plaisance.  


Sources :
H. Richard, A. Caroff :

- Les Malheurs d'un exploitant plâtrier, La Lettre blanche, n°13, 2002

- (suite)

 

- La folie de Pantin et l’exploitation des carrières de gypse. Association Pantin-Seine-Saint-Denis-Patrimoine, 2006. 

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Published by Hélène Richard
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commentaires

COLLINOT JACQUES 23/06/2013 13:04

Je suis l'arrière-petit fils des derniers propriétaires de cette propriété qui a été achetée en 1936 par Frédéric et Victoire Collinot.
Au decès de mon arrière grand père son épouse y a vécue jusque 1963 dans le pavillon situé face à cette demeure.
Ses enfants Isidore et Germaine ont continué à entretenir cet édifice.
Puis les enfants de ceux -ci au nombre de 4 ont décidé de vendre ce lieu en 1984 ; les loyers des locataires ne couvrant plus les frais de réparations (loyers étant encore sous la Loi de 1948).
Les réparations étaient d'ordre d'une toiture vieillissante.
Mais pas encore une demeure vraiment en péril.
La commune de Pantin a mis son option pour le rachat de ce bien pour demeure historique.
Mais rien n'a été fait pour sauver ce patrimone depuis!!!
De longues années c'est devenu un squatt!!!!
Une aile qui était une chapelle a été détruite!!!!
C'est bien dommage moi qui l'ai connue en bon état général malgré qu'elle ait subi des transformations depuis sa construction.
C'est un gachis culturel qui a été fait.

Pantinois 25/10/2009 17:13


Je parlais de la maison basse, d'habitation, donnant sur la rue Charles Auray, abritant aussi une ancienne entreprise de pompes funebres, et qui a été détruite assez récemment. Quant à la Folie
elle-même, je suis heureux de cette bonne nouvelle... même si elle fait bien pitié à voir derrière sa gille condamnée. Merci, je ne mobilise pas davantage ce blog.


Pantinois 25/10/2009 01:26


Aujourd'hui, octobre 2009, le pavillon de droite a été détruit, et un "permis de démolir" est apposé sur la grille de la Folie elle-même. R.I.P.


Collinot Jacques 17/06/2015 06:05

J'espère que cette demeure Historique pourra etre sauvée......

Moi qui l'ai connu et fréquenté de 1949 à 1986 en Famille.....

Merci de m'apporter les décisions concernant le plan de réhabilitation de ce site......

Histoire de Pantin 25/10/2009 16:34


Bonjour, le pavillon de droite a été détruit il y a déjà de nombreuses années. Quant au permis de démolir, il concerne les différents bâtiments qui se trouvaient autour de la maison. Il est prévu
que la folie soit restaurée. Enfin, nous l'espérons... Lors du week-end du 15 novembre 2009, une présentation du projet de la base de loisirs sera faite à Romainville (et aux abords de la folie).


Profil

  • Histoire de Pantin
  • Textes : André Caroff. Recherches : André Caroff et Hélène Richard. Contact : hr4545 (chez) gmail.com

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