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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 17:32

       ou

L'énigme du 104 avenue Jean-Lolive.

 

       La monographie de Pantin, publiée en 1901 sous les auspices du Conseil général de la Seine contient des précisions intéressantes dans son introduction historique sur des hôtes célèbres possédant des maisons dans la commune. C'est ainsi qu'on peut lire les informations suivantes concernant Beaumarchais et la Guimard :

« On sait par le contrat de mariage de Beaumarchais que l'auteur du Barbier de Séville possédait à Pantin une maison qui fut plus tard la mairie désaffectée en 1886 » (page 10).

      Et puis loin, p. 27 :

« Le 22 Avril 1855, le Conseil [municipal] autorisait le Maire à acquérir une maison sise rue de Paris n° 104 ; c'était celle où avait habité Beaumarchais un siècle auparavant et était contiguë à la maison jadis occupée par Melle Guimard. »

 

     Durant tout le 20e siècle, on n'a pas cherché à en savoir plus sur ces maisons. Dans les quelques livres, articles, notices publiées sur Pantin, l'information initiale a été transmise non seulement sans précision nouvelle, mais de façon contradictoire. Dans certaines publications, la maison du 104 était celle de Beaumarchais, dans d'autres, celle de la Guimard.

 

Il a fallu attendre une date récente pour que la lumière soit faite sur cette énigme.

 

 

I - Beaumarchais

 

     Le premier à se saisir de ce problème est Maurice Foulon dans son livre Les Pantinois sous l'ancien régime, publié en 1925. Suivant l'indication de la monographie de 1901, il se met en rapport avec les descendants de Beaumarchais pour savoir s'il est question d'une maison à Pantin dans le contrat de mariage. On ne trouve rien. Il cherche alors les différents propriétaires de la maison n° 104 de l'actuelle avenue Jean-Lolive.

      Il s'arrête sur le nom de Frédéric Kornmann.

Tous ceux qui connaissent la vie de Beaumarchais, associent son nom à celui de son frère Guillaume Kornmann, banquier, avec qui il a eu un retentissant procès.

      Pour sa défense, Beaumarchais a écrit de sa meilleure encre trois brillants mémoires qui ont rangé l'opinion publique de son côté. Dans ces conditions, comment ne pas envisager l'hypothèse d'une confusion de noms entre Kornmann et Beaumarchais ?

Maurice Foulon ne cherche pas plus loin mais conclut que « c'est là un problème d'histoire qui reste entièrement à résoudre ».

      Les biographes modernes de Beaumarchais ont bien vu que c'était du côté de sa seconde femme, Geneviève Madeleine Wattebled, qu'il fallait chercher.

 

      Beaumarchais l'épouse le 11 avril 1768, moins de cinq mois après le décès de son premier mari Antoine Angélique Levêque, chef magasinier de l'hôtel des menus plaisirs, particulièrement chargé des décors et des costumes des trois théâtres royaux, l'Académie royale de musique (opéra), la Comédie française et l'Opéra comique. Comme il a été un mauvais gestionnaire, la maison du Roi récupère à sa mort tout l'argent qu'il avait investi dans les « Menus Plaisirs ». Échappe toutefois à cette débâcle, un hôtel particulier que Levêque s'était aménagé à Pantin et qui revient à la veuve.

      De même est préservé ce qui vient d'un premier mariage de Levêque avec Marie-Jeanne Blard et qui consiste en une dizaine de petites maisons également situées à Pantin. Elles reviennent aux neveux et nièces de Levêque.

    Nous connaissons les possessions de Pantin grâce à l'inventaire après décès d'Antoine Angélique Levêque et de celui de Mme Beaumarchais disparue le 20 novembre 1770, ainsi que par l'acte de partage des biens signé en juillet 1772.

     S'agissant de l'hôtel particulier de Levêque, la description qui en est faite exclut sa localisation au 104 de l'avenue Jean-Lolive. Outre de nombreuses dépendances situées dans un vaste parc, le corps de logis principal qui comporte deux étages dépasse en importance l'immeuble du 104 qui va servir de mairie.

    Au rez-de-chaussée, en plus des pièces habituelles, on note la présence d'une salle de billard, d'un salon de musique et surtout d'une chapelle privée dans laquelle Levêque a été autorisé par l'archevêque de Paris à faire dire la messe. Les chambres sont aux deux étages supérieurs. Elles sont numérotées, la dernière porte le n°34.       
     Compte tenu de l'existence de chambres de domestiques, d'alcôves, de cabinets de toilette, le nombre total des pièces doit être supérieur à 34, ce qui n'est pas le cas au 104 de la Grande rue.

 

Où se situe alors la maison de Beaumarchais ? Deux données rendent possible sa localisation.

     En premier lieu, les indications fournies par l'acte de partage des biens et des inventaires après décès, (ainsi que par des plans dressés par des architectes experts, arch. nat. série Z/1j).

      La dizaine de maisons de l'héritage Blard se succède le long de la grande rue. Elles sont mitoyennes entre elles. Deux des dernières maisons sont ainsi décrites :

         « Maison tenant à la précédente et la suite d'icelle en allant vers l'église et à l'encoignure de la grande rue de Pantin et de la grille d'entrée du jardin de la grande maison du dit Beaumarchais »

         « Maison tenant à gauche à l'hostellerie à l'Écu de France dépendant de la grande maison du sieur Beaumarchais ».

      Ces indications amènent à s'intéresser au côté nord de la grande rue entre les actuelles rue Delizy et Victor-Hugo. On trouve en effet une suite de maisons et un espace vide qui pourrait être la cour d'une auberge. Cette hypothèse se confirme grâce au recensement réalisé pour les élections municipales de l'an 9 (1801).

      On y voit une auberge appartenant au sieur Thevenard et la seule propriété possédant un jardinier à demeure, celle d'un négociant en tissus, Moise Silvera. L’inventaire après décès de Mme Silvera nous fournit l'acte d'achat de la propriété ; parmi le nom des propriétaires précédents, on relève celui de Beaumarchais qui a vendu sa maison en 1774.

      Il est amusant de voir en 1788 parmi les propriétaires de cette maison M. Turpin, avocat de Guillaume Kornmann dans le procès qui l'a opposé à Beaumarchais.

 

Il est donc aujourd’hui possible de localiser la maison de Beaumarchais à l'emplacement actuel du n° 123 de l'avenue Jean-Lolive.

 

Beaumarchais a-t-il résidé à Pantin ?

      Nous relevons sa signature sur l'inventaire après décès de Levêque en 1768. Mais ne s'est-il pas seulement déplacé chez le notaire ? En revanche, nous savons qu'il a personnellement assisté à l'inventaire après décès de sa femme en décembre 1770.       Après la mort de son fils Augustin, il est devenu le propriétaire de l'hôtel particulier de Levêque. Va-t-il venir plus souvent à Pantin ? Il ne peut y résider car la maison a été mise sous séquestre lorsque Beaumarchais a perdu son procès contre l'exécuteur testamentaire de son bienfaiteur, le financier Paris-Duverney, le sieur de la Blache.

       Il décide pourtant de faire une descente à Pantin en mai 1773. Il s'en prend au gardien, un dénommé Broutier, qui porte plainte contre lui à cause de mauvais traitements subis. Ne lui avait-il pas enjoint de se coucher sous une remise sur une botte de paille, gardé par un chien « d'une grosseur énorme qu'on ne lâche que la nuit pour la sûreté de la maison » ?
 

 












Peut-on savoir maintenant d'où a pu naître la confusion de la localisation de sa maison ?


        Sous Louis-Philippe, il est fait obligation aux municipalités de créer des « maisons communes » pour y regrouper les services municipaux.

         Le 2 avril 1836 le maire achète dans ce but un terrain au 123 de l'avenue Jean-Lolive au sieur Marmillon, il y installe la mairie, la justice de paix, le poste de police ainsi qu'une classe de filles et une classe de garçons. Cet ensemble fonctionne jusqu'à l'achat en 1855 de la maison du 104 où la mairie sera transférée. Ainsi il existera deux « anciennes mairies », celle du 123 et celle du 104 de l'avenue Jean-Lolive. Il est compréhensible qu'une confusion se produise entre elles, une mairie peut en cacher une autre... 


 

II - La Guimard

          Marie-Madeleine Guimard a été la plus grande danseuse de France et peut-être d'Europe pendant les vingt-cinq années qui ont précédé la révolution de 1789.

          Avec le chorégraphe Noverre que Marie-Antoinette a fait venir de Vienne, elle a reformé la danse pour faire du ballet l'équivalent de la comédie et de la tragédie. Elle a remplacé les prouesses techniques par des attitudes, mouvements, gestes, jeux de physionomie capables de rendre sensible aux spectateurs l'évolution des sentiments des personnages qu'elle incarne, Comme l'a écrit Noverre, « elle ne courut jamais après la difficulté. La noble simplicité régnait dans sa classe. Elle mettait de l'esprit et du sentiment dans ses mouvements ». De même, le baron Grimm déclare après le succès du ballet Le chercheur d'esprit : « Nous n'avons jamais rien vu dans le genre d'imitation de plus délicieux et de plus parfait. »
 

 


        Elle naît à Paris en décembre 1743, fille naturelle d'un inspecteur de la manufacture des toiles de Voiron, près de Grenoble. Il l'a reconnaîtra douze ans plus tard. Elle est élevée par sa mère Mme Bernard avec la perspective d'en faire une danseuse. Marie Madeleine commence sa carrière de danseuse à 14 ans à la Comédie française et se fait déjà remarquer par son talent et sa coquetterie. Un rapport de police l'a décrit ainsi : « Bien faite et déjà en possession de la plus jolie gorge du monde, d'une figure assez bien, sans être jolie, l'œil fripon et portée au plaisir. » Elle plaît aux hommes malgré une maigreur qui deviendra célèbre et qui lui vaut le surnom « d'araignée » ou de « squelette des grâces ».

         Son ascension sociale date de son admission en 1761 à l'Académie royale de musique, l'Opéra, où elle a comme « protecteurs » deux puissants seigneurs : le maréchal de Soubise, prince de Rohan, qui devient « l'amant honoraire », et Jean-Benjamin de Laborde, premier valet de chambre ordinaire du Roi, Gouverneur du Louvre et bientôt Fermier général, par ailleurs compositeur de musique. Ce sont ces deux seigneurs qui vont installer Mlle Guimard à Pantin dans une propriété où elle fera construire un théâtre. En avril 1763, naît la petite Marie-Madeleine, de sa liaison avec J.B. de Laborde. Celui-ci reconnaîtra sa fille, qui sera légitimée en septembre 1770.

          Dans son théâtre de Pantin, elle donne des spectacles si recherchés qu'on a pu écrire : « On allait à Pantin comme on allait à Versailles ».

Ce théâtre pouvait contenir près de 200 personnes. On y jouait parades et comédies, souvent licencieuses dans une ambiance de liberté sans contrainte.

          Après avoir quitté sa propriété de Pantin, elle se fait construire un magnifique hôtel particulier, Chaussée d'Antin à Paris. Elle choisit pour cela ce qu'il y a de mieux : Ledoux comme architecte, Fragonard puis le jeune David comme décorateur, Taraval pour la peinture du plafond de son théâtre de 500 places.

          Elle y réside pendant 14 ans malgré des frais considérables. Elle le met en vente en 1786 non pas chez un notaire mais par le moyen d'une loterie. 2500 billets à 120 livres pièce sont vendus.

          L'heureuse gagnante est la comtesse de Lau qui n'avait pris qu'un seul billet. Elle revend aussitôt la propriété au banquier Perregaux pour la somme de 500 000 livres. Une belle opération…

          En 1789 elle prend sa retraite et se marie avec le danseur Despréaux. Comme le gouvernement de la Révolution supprime les pensions de l'ancien régime, le couple doit vivre à l'économie dans une petite maison de Montmartre jusqu'en 1797 où ils reviennent à Paris, rue Menars à l'angle de la rue de Richelieu.

         C'est là qu'ils finissent leurs jours, heureux mais oubliés du monde. Marie-Madeleine Guimard meurt en 1816 et Despréaux en 1820. On n'a pas retrouvé leurs tombes.

        Dans son livre Les Pantinois sous l'ancien régime, Maurice Foulon a consacré plusieurs chapitres à la Guimard. Pour lui, aucun doute n'est possible. Sa propriété se situe bien à l'emplacement du 104 avenue Jean-Lolive :

« Les vieux Pantinois se souviennent de deux corps de bâtiment aujourd'hui disparus dont l'un était en bordure de la rue de Paris et dont le second, perpendiculaire au premier, s'adossait au mur de la propriété qui porte aujourd'hui le n° 102 de la même rue.

« C'est dans ce second bâtiment que furent trouvés de précieux souvenirs de la célèbre danseuse, des boiseries, des peintures et des tapisseries dont Mme Delizy lit l'acquisition ».


Reprenons la chronologie :


          En 1850, la municipalité acquiert l'immeuble du 104 pour y installer la nouvelle Mairie. Après 30 ans d'utilisation, ce bâtiment est démoli et son mobilier mis aux enchères. Les Delizy achètent celui du salon qui servait de salle des mariages. Selon Maurice Foulon, ce salon aurait été celui de la Guimard. Les boiseries peintes de ce salon sont remontées dans l'hôtel particulier des Delizy construit au 100 avenue Jean-Lolive. Lorsque Mme Delizy meurt en 1913, la maison est acquise par la commune. En 1970, l'élargissement de la RN3 provoque sa démolition. Ses éléments décoratifs sont transférés au musée de l'Ile-de-France à Sceaux, où on peut encore les voir.

 

Où est le problème ?

          Il réside dans l'absence de documents d'archives attestant que la Guimard a bien été propriétaire du 104. La présence d'une pièce inattendue aux archives nationales vient démentir ce qu'a écrit Maurice Foulon. Il s'agit d'un procès-verbal dont voici le début:

« L'an 1768, le dimanche vingt-cinquième jour de septembre, cinq heures de relevée, par devant nous Ange Charles Pannier, greffier du baillage de Pantin, est comparu Messire Marc de La Roche, prêtre curé du dit Pantin y demeurant en sa maison presbytérale, lequel a déclaré et déclare que ce jourd'hui sur les quatre heures et demi de relevée, que visitant un quartier de sa paroisse avec monsieur son vicaire, a vu et entendu à son grand étonnement et au grand scandale de toute la paroisse travailler (nonobstant la sainteté et la révérence du saint jour du dimanche) à des ouvrages de menuiserie pour construire un théâtre en la maison de Mademoiselle Guimard sise en la grande rue qui conduit à Montreuil et Romainville ».

          La propriété de la Guimard serait donc située rue de Montreuil (Charles-Auray) et non sur la Grande-Rue (Jean-Lolive).

 













      La découverte de l'acte d'achat
[1] de la propriété permet aujourd'hui une localisation précise :


À quelque trois cents mètres de la place de l'église en allant vers la Seigneurie on arrive à un croisement de deux rues. Tout droit, la rue Candale aboutit à la rue Méhul, tandis que la rue Charles-Auray s'incline vers la gauche puis tourne à droite pour rejoindre également la rue Méhul.
C'est sur la moitié ouest de cette zone délimitée par ces trois rues que se trouvait la propriété de la Guimard dont l'entrée s'ouvrait au nord sur la rue Charles-Auray (n° 28-30-32 actuels).


          La propriété est acquise le 7 septembre 1766, vendue à la Guimard par François Poncy « intéressé dans les affaires du Roi » et sa femme Marie Edmer Salmon, demeurant à Paris rue du Temple.

            L'acte d'achat comportait la description suivante :

« Une maison sise au village de Pantin près de Paris sur la rue qui conduit à Montreuil consistant en deux corps de logis l'un sur la gauche en entrant et l'autre sur la droite, porte cochère, écuries, remises, cour, puits, caves, greniers et autres bâtiments appartenant à la dite maison avec jardin y tenant distribué en parterres, fruitier, potager, bois et bosquets ; dans lequel jardin est un pavillon composé d'un salon, billard, grenier au dessus des lieux d'aisance, le tout clos de murs, contenant environ trois arpents. »

           Au moment de l'achat, le corps de logis comprenait : 

- au rez-de-chaussée : cuisine, office, salle à manger, vestibule, salon, salle de billard.

- au 1er étage, trois chambres et au 2ème étage, quatre chambres.

           Il s'agit donc d'un pavillon assez modeste.


          La propriété est vendue le 21 mars 1775 pour la somme de 52.000 livres (mobilier inclus) au comte César Luc Marie de Selle de Garéjade de Castille, trésorier général de la marine qui a en garde la nue-propriété, Marie Anne Thérèse Delbarre en possédant l'usufruit pendant 20 ans, jusqu'à son décès le 8 juin 1795.

          L’inventaire réalisé le 1er octobre 1773 nous fait connaître les changements réalisés depuis son achat.

          Le changement principal constaté par rapport à la situation de 1766 consiste dans l'existence d'une nouvelle aile qui permet de porter à une douzaine de chambres le second étage qui n'en comportait que quatre. Il y a tout lieu de penser que le rez-de-chaussée et le premier étage de cette nouvelle aile ont abrité le théâtre car, à la hauteur du premier étage du bâtiment principal, il est signalé la présence d'une loge qui donne sur la comédie. Ainsi les spectateurs souhaitant l'incognito pouvaient accéder aux loges en passant par le corps de logis principal.

          Pour vendre la propriété, il fallait d'abord régler le problème du théâtre. Intéressé par son achat, le duc d'Orléans le fait expertiser par son architecte qui donne un avis défavorable, compte tenu des risques de détérioration des boiseries au moment du démontage. Il propose toutefois 6000 livres au lieu des 18 000 demandés. On ne sait ce qu'il est devenu, sinon que l'aile contenant le théâtre a été démolie avant la vente qui survient le 21 mars 1775.

          Les propriétaires se succèdent sans que l'on sache si la maison de la Guimard a été modifiée ou même démolie. Le dernier propriétaire entre 1874 et 1898 est Fritz Volker, un concessionnaire en bestiaux qui construit dans le parc des bergeries. La dernière description que nous avons de la propriété date du moment de la vente en 1898 :

« Une maison d'habitation composée d'un rez-de-chaussée avec loge du concierge, deux pièces et une cuisine, plus dix pièces servant de buanderie et de débarras, cinq pièces à feu au 1er étage avec trois cabinets, quatre pièces au 2ème étage et grenier avec cour et basse-cour.

« Sur le derrière de la maison un hangar, une remise, une écurie dans ladite cour avec jardin à la suite ; au fond du jardin un grand hangar avec râteliers et auges servant de bergerie, avec porte de sortie à l'angle de la rue Candale. »


         Sur son emplacement, la municipalité de Pantin qui a acquis la propriété fait construire le groupe scolaire Montreuil qui ouvre ses portes à la rentrée de 1900. Ces bâtiments existent encore mais hébergent deux écoles : Charles-Auray pour les filles, Paul-Langevin pour les garçons. En rejoignant la rue Méhul par la rue Candale, on voit nettement la limite de la propriété de la Guimard en contrebas par rapport à la partie est occupée par le stade. Entre les deux existait un cul-de-sac désaffecté en 1775.

 

L'énigme de la localisation de la propriété est donc à présent résolue, demeure toutefois le problème des éléments décoratifs du salon de la Guimard.

 

          Si le 104 n'est pas la maison de la Guimard, comment ces éléments sont-ils venus dans la salle des mariages de l'ancienne mairie ?

         Deux hypothèses peuvent être avancées à cet égard :

          Pendant le fonctionnement de l'ancienne mairie, de 1856 à 1886, le maire a pu récupérer ces panneaux pour sa salle des mariages.

          Ces panneaux pouvaient déjà s'y trouver avant l'achat du 104 par la municipalité. Dans ce cas, ce serait les propriétaires qui les auraient acquis entre 1775 et 1850.

         Malheureusement, aucune information ne vient jusqu'ici confirmer l'une de ces hypothèses, ni par les délibérations du conseil municipal, ni par la correspondance échangée avec l'ancien propriétaire du 104.

         Portons simplement au dossier le fait que l'on ne commence à parler du salon de la Guimard et de ses panneaux décoratifs qu'après la publication au début de l'année 1893 de la biographie de la danseuse par Edmond de Goncourt. Entre 1890 et 1892, celui-ci a été en correspondance avec le gendre de Delizy, Félix Doisteau collectionneur et spécialiste de l'art du 18ème siècle. C'est par lui que Goncourt vient à Pantin pour décrire le salon de Delizy le 24 novembre 1892. Il écrit dans son journal : « Petit voyage à Pantin pour décrire la maison de campagne de la Guimard. Dans ce quartier de misère et de laideur, de petits palais appartenant à des industriels comme M. Doisteau, comme M. Delizy, le beau-père de M. Doisteau. Chez Mme Delizy qui est amoureuse du mobilier du 18ème siècle, je retrouve le petit et le grand salon de la danseuse. »

         A partir de là, l'authenticité de ces panneaux décoratifs n'a jamais été mise en doute, comme en témoigne le catalogue de vente de la maison Delizy en 1913 :

« Dans le grand salon, des boiseries sculptées et peintes au 18ème siècle qui décoraient le salon de la Guimard danseuse à l'opéra, dans son hôtel particulier, estimées après expertise pour 40  000 francs. »

 

Peut-être y a-t-il là une nouvelle énigme à élucider ?

 

                     André Caroff (en collaboration avec Hélène Richard)

 


[1] Arch. nat. ET/XXXVIII/509   (7 septembre 1766). Ce document est mentionné dans les notes inédites de l’historien Gaston Capon, Fonds Capon, Centre nationale de la danse, Pantin.

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Published by Hélène Richard
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commentaires

Adam 19/05/2017 11:51

Un buste en terre cuite de la Guimard par Guetano Merchi (Brescia 1747, Agen 1823)

est au musée d'art et histoire de Bruxelles.

Profil

  • Histoire de Pantin
  • Textes : André Caroff. Recherches : André Caroff et Hélène Richard. Contact : hr4545 (chez) gmail.com

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