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30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 17:52

  square.ijp

Le square de Stalingrad se situe au centre du vieux village de Pantin, sur la partie nord de l'ancien fief de Maulny qui appartenait au duc d'Orléans. Sur cet emplacement existait au XVIII° siècle et pendant une partie du siècle suivant, une zone résidentielle comprenant quatre grandes propriétés s'étendant de la grande rue (rue de Paris puis avenue Jean-Lolive) jusqu'au chemin des cheminets (rue des grilles). Elles englobent aujourd'hui les numéros pairs de l'avenue, du 98 au 104.

 

Au cours de cette époque, de nombreux propriétaires se sont succédé, sans toujours y résider. Beaucoup habitaient en fait la capitale et louaient leurs maisons pendant tout ou partie de l'année. Tous étaient généralement des bourgeois aisés. On compte parmi eux des notables pantinois (dont quatre maires), des magistrats et des avocats, des banquiers et des financiers, des artistes et des industriels. Certains ont laissé un nom...

Parmi ceux-ci, la tradition pantinoise n'en a retenu que deux : Beaumarchais et La Guimard,

mais on verra dans les chapitres Beaumarchais et Guimard que ces localisations sont erronées.



N°104 (ex n°44)


Un acte notarié de 1782 la décrit ainsi: "Une maison à porte cochère sise au village de Pantin près Paris en la grande rue dudit lieu, composée d'un corps de logis sur ladite grande rue, et bâtiments en ailes de plusieurs étages, cour, basse-cour, jardin séparé de la grande cour par une grille et porte de fer, ledit jardin planté d'arbres fruitiers et de tilleuls, ayant issue par une grande grille sur le chemin qui conduit de Pantin au chemin du Pré Saint-Gervais, appartenances et dépendances de ladite maison et jardin qui contient environ 2 arpents."
Il s'agit donc d'une grande maison comportant au rez-de-chaussée 3 pièces à gauche de la porte cochère et deux pièces à droite. La partie gauche du corps central, à un étage plus une mansarde, comprend 6 pièces au premier, la partie de droite est à 2 étages plus des pièces mansardées formant un 3° étage. Le registre des impôts basé sur les ouvertures mentionne, outre 2 portes cochères, 72 portes et fenêtres (dont 8 au 3° étage).
Sur le cadastre du début du XIX° siècle, on ne voit qu'une aile à droite s'avançant vers la cour. Elle ne comporte qu'un étage carré et une mansarde. Lors de la démolition du bâtiment, on
signale l'existence d'une autre aile à gauche, s'avançant également sur la cour, formée par un hangar couvert d'un appentis.

Cette grande propriété a été acquise en 1752 par Marie-Thérèse Belin (ou Bellin ou Blin) domiciliée à Paris rue neuve des petits champs. Elle est vendue en 1773 à Benoite Dumas, en fait un prête-nom, car elle est aussitôt revendue à Frédéric Kornmann pour l'usufruit et à sa femme Louise Bouju pour la nue-propriété. Le nom de Kormann est passé à la postérité par le procès qui oppose son frère Guillaume Beaumarchais (voir chapitre Beaumarchais).
A sa mort, qui survient le 23 mai 1819, la propriété revient à sa nièce, la fille de Guillaume : Adélaïde Philippine Kornmann, mariée au conseiller référendaire à la cour des comptes Jean-François Paulin Crassous. Elle réside dans la propriété jusqu'à son décès en 1846. La maison passe ensuite à sa fille Pauline Crassous, épouse du magistrat Jacques Louis Chalret-Durieux. Devenu veuf, celui-ci vend la propriété en 1855 à la municipalité de Pantin qui cherche une maison assez grande pour y installer la mairie, la maison commune du 123 de la rue de Paris n'étant plus adaptée aux besoins. Cette mairie restera en fonction jusqu'à sa démolition en 1886, date à laquelle est inaugurée le nouvel Hôtel de Ville. Cette démolition permet de dégager l'espace d'un petit square devant la maison de justice de paix construite derrière la mairie en 1858. Deux ans après la démolition de la mairie, en 1888, deux pavillons viennent encadrer le square, l'un pour le poste de police, l'autre pour la remise des pompes à incendie.  

 

stal numeros rue de paris N° 106 (ex n° 46 et 48)

Cette propriété longe à l'est un chemin qui sera la rue du centre puis la rue Jules-Auffret. Elle s'étend comme les autres propriétés jusqu'au chemin des cheminets (rue des grilles). Elle est aussi vaste que le 104 avec plus de 80 ares de jardin. La maison comporte deux corps de bâtiment de 2 étages qui seront numérotés séparément 46 et 48. Elles disposent de 62 portes et fenêtres. L'un des premiers propriétaires connus est Antoine Angélique Lévêque, premier mari de la deuxième épouse de Beaumarchais. Comme le 106 sera vendu en 1761, elle n'entrera pas dans la succession Lévêque à la mort de celui-ci.
Le nouveau propriétaire est Joseph de Saint-Laurent, trésorier général des colonies françaises, domicilié à Paris rue du grand-chantier (rue des archives). On relève également son nom comme propriétaire d'une maison située à l'angle de la rue des vertus (rue Hoche), vendue à sa mort par sa veuve en 1785 à la femme de Frédéric Kornmann, qui possède donc deux maisons rue de Paris. Dans les élections municipales de 1800 est inscrit à cette adresse le marchand de vins Demezières qui donne un moment son nom à la future rue Jules-Auffret. On le retrouve au recensement de 1804 avec son fils et 22 locataires d'origine modeste. Un résident de marque lui succède en la personne de François Joseph Gorneau, maire de Pantin de 1812 à 1825. La propriété passe ensuite à la famille Devailly. A partir de 1850, son héritière aristocratise le nom en De Wailly. Le 106 conserve encore la même surface de jardin, mais 20 ans plus tard, la rue du centre n'est épargnée, ni de l'urbanisme, ni de l'industrialisation. Dans la partie sud du 104 et du 106, la municipalité construit en 1876 un groupe scolaire qui s'ouvre sur la rue des grilles pour les garçons, sur la rue du centre pour les filles. Le long de la rue du centre jusqu'à la rue de Paris s'installent commerçants et artisans. Lorsque la mairie est démolie en 1888 et que s'élèvent de part et d'autre du petit square le poste de police et la remise des pompes, la rue de Paris change d'aspect. Une carte postale ancienne montre au premier plan du carrefour de la rue du centre l'entrée d'une fabrique de vinaigre et de condiments installée au n° 106. Les deux anciennes propriétés des 104 et 106 cessent d'exister avant la fin du siècle. Subsistent encore pour quelques années les n° 102, 100 et 98.

N° 102 (ex n°42)

Cette propriété, toute en longueur, est la moins vaste des quatre. Elle ne possède que 32 ares 75 de jardins. Sa largeur n'excède pas 30 mètres. Une estimation réalisée en 1785 en donne la description détaillée.
On entre par une porte cochère sur la grande rue. On trouve une cour pavée de grès. A gauche de l'entrée est un petit édifice servant de cabinet d'aisance suivi par un corps de logis à 4 fenêtres et 2 pignons sur la cour. Du côté de la rue, on voit un pavillon à 2 étages. Le mur mitoyen avec le 104 comporte un espace permettant d'accéder à un réservoir d'eau commun aux deux propriétés. Au fond de la cour, après une grille en fer, s'étendent les jardins. A droite de l'entrée, s'élèvent 2 édifices se joignant à angle droit. Celui qui longe la rue possède une seule croisée de face. Il est élevé d'un seul étage carré. Le second corps de bâtiment perpendiculaire à la rue est également à un étage mansardé à 3 fenêtres sur la cour. Le jardin est divisé en 3 parties : un parterre formé de 4 carrés, un bassin circulaire en maçonnerie, suivi par un potager, enfin un jardin planté en bosquets. Les murs de droite et de gauche soutiennent des arbres fruitiers en espaliers. Tout porte à croire que la maison de droite est réservée au propriétaire tandis que celle de gauche est louée à des locataires. On trouve la trace d'une propriété depuis le XVI° siècle qui appartenait à un certain Vincent Lizur, valet de chambre du sieur de Lissy. Si l'on se limite au XVIII° siècle, on relève le nom de Jean Lartigue, ancien procureur au parlement de Toulouse. Il vend la propriété en 1761 à Jacques François Lhuillier, trésorier des troupes de la généralité de Paris, secrétaire du roi de la grande chancellerie. Il succède au protecteur de Beaumarchais, Paris-Duverney comme intendant de l'école militaire. Il vend l'usufruit d'une partie de sa propriété à Madeleine Salomé Franzine, veuve d'un certain Sontermeister, ancien officier au régiment des volontaires étrangers. Lhuillier était un chef de bureau de Guillaume Pierre Tavernier de Boullongne, auquel il doit une somme d'argent importante. La propriété échoit à ce dernier en 1776 en tant que premier créancier.
Ensuite elle est acquise dès 1781 par Gérard Maurice Turpin, un des avocats de Guillaume Kornmann dans le procès qui l'oppose à Beaumarchais. Voisin du frère de son client, il va même - belle revanche! - jusqu'à acheter la demeure de Beaumarchais à Pantin en 1788, quatre ans après le départ de ce dernier...
Le propriétaire suivant du 102 est également un avocat, Pierre Marie Simon. L'achat a eu lieu en 1786. Au recensement de 1804, on relève son nom avec celui du portier Pierre Lefort (infirme et indigent) et d'un locataire Guidy parisien. A la mort de Pierre Marie Simon, la succession passe à ses deux filles dont l'une est mariée à Simon Nicolas du Sommerard. Apparaît ici le fondateur du musée de Cluny qui a pu venir à Pantin se reposer de ses travaux de 1830 à 1839. C'est un archéologue réputé né en 1779 à Bar sur Aube. Après une carrière militaire, il est nommé conseiller référendaire à la cour des comptes en 1823. Parcourant la France pour y recueillir des vestiges historiques, il rassemble une collection prestigieuse qu'il dépose en 1832 au vieil hôtel de Cluny. En 1858, la propriétaire suivante Mme de Garancière vend l'ensemble à un négociant parisien qui le revend un commissionnaire en bestiaux Jean Guillaume Volker pour être transformé. Il y installe tout au long de ses murs de clôture des "bergeries", c'est-à-dire des étables pour y accueillir les moutons en transit vers les abattoirs de la Villette.

N° 98 et 100 (ex n° 38 et 40)
:

Nous sommes en présence d'une même propriété comprenant deux maisons parfois louées ou achetées séparément, sans mur de clôture entre les deux. C'est une grande propriété possédant près de 80 ares de jardin. La maison n° 38, la plus à l'ouest, est la plus vaste. Elle ne comporte pas moins, avec ses dépendances, de 2 portes cochères et 59 portes et fenêtres. Elle couvre une surface de 6 ares. La seconde au n° 40 ne possède que 15 portes et fenêtres. A l'évidence, la première sert au propriétaire, la seconde est louée ou vendue selon les époques. Cela parait avoir été le cas en 1766 où nous nous trouvons sur le site Louis François Duvaucel, grand maître des Eaux et Forêts de France, et Jean-Baptiste Leroy officier vendeur de marée à Paris. Les années suivantes, elles appartiennent au baron de Champlost, premier valet de chambre et gentilhomme ordinaire du roi, collègue de Jean-Benjamin de Laborde, l'amant de la Guimard. Cette dernière a comme rivale la danseuse Anne-Victoire Dervieux, de 9 ans sa cadette. Invitée à Pantin avec le corps de ballet, elle a été émerveillée par le faste de La Guimard et, éperdument jalouse, s'est jurée de la supplanter à la fois dans son art et dans son train de vie. Elle n'eut aucun mal à se faire entretenir par Soubise qui ne put lui refuser l'achat d'une maison à Pantin. Elle acquiert donc la propriété de Champlost en 1776, alors que la Guimard a quitté le village depuis 3 ans maintenant. Elle renonce pourtant vite à son caprice et cède la maison à la veuve de Richard Calame La Prairie, architecte à Nancy. Il faut dire que Mlle Dervieux jette son dévolu sur un terrain rue Chantereine à Paris pour y faire construire par Belanger un hôtel particulier surpassant en richesse celui de La Guimard à la Chaussée d'Antin. Avec la nouvelle propriétaire, nous ne quittons pas le domaine de la danse. Françoise Cailloux, épouse de Calame, se laisse séduire par l'entrepreneur de spectacles Oudinot de passage à Nancy. Il l'emmène à Paris et lui fait deux filles dont l'une Cécile épouse en 1784 le maître de ballet de l'opéra, Maximilien Gardel. Sa mère lui cède la propriété en 1784. Pour les élections municipales de l'an IX, nous trouvons deux membres de la famille Roullier : Charles, juge de paix, maire de Pantin de 1806 à 1812, et François, adjoint au maire. Au recensement de 1804 s'inscrivent le propriétaire François Charles Roullier, son jardinier Claude Bouilly, et un locataire Lecamus. Sur le premier cadastre au XIX° siècle, nous trouvons à nouveau le nom d'un maire Jean-Claude Narjot, percepteur, maire de 1836 à 1850, mort en fonction le 5 mars. Avec lui, pas besoin de mairie. Tout se passait chez lui. A son décès, sa maison aurait pu devenir local municipal comme le rappelle la monographie de 1901 : "N'eût été la mauvaise grâce des héritiers Narjot, ancien maire, la mairie eût été installée dans sa propriété, sise rue de Paris, n°98 et 100."
La propriété est achetée par l'horticulteur Pierre Chauvière qui occupera le n° 98 jusqu'à son décès en 1888 à 90 ans. En 1851, le distillateur Simon Claude Delizy qui réside 50 rue d'Allemagne à La Villette (avenue Jean-Jaurès) s'installe à Pantin avec son frère Narcisse au 93 de la rue de Paris. Chauvière le prend alors comme locataire. Delizy se marie en 1854 avec Louise Guilloteaux. Leur fille Léonie Marie épouse Louis Felix Doisteau en 1873 qui prendra en charge la distillerie "Delizy-Doisteau". En 1876, nous trouvons Chauvière au 98 et le ménage Doisteau au 100. En 1881, Pierre Chauvière, devenu veuf, continue à résider au 98 tandis qu'au 100, le ménage Doisteau s'est enrichi d'un petit Paul. Ensuite la propriété se scinde en deux : Delizy achète le 98 et fait construire un nouvel hôtel particulier au 96 (qui sera le casino du parc) tandis que le distillateur Emile Ferdinand Brindeler acquiert la maison du 100. Peu après, Delizy devient propriétaire de l'ensemble, démolit les anciennes maisons (le n° 100 disparaît) et édifie du côté ouest l'hôtel particulier qui abritera les panneaux décoratifs qui viendrait de la maison de La Guimard. Un parc est aménagé sur l'ancienne propriété avec une orangerie et son jardin d'hiver. Simon Clovis Delizy, maire de Pantin de 1870 à 1875 y finira ses jours en 1893. Devenue veuve, sa femme résidera jusqu'à sa mort en 1913 dans son hôtel du 98. Tous deux reposent au cimetière de la Villette rue d'Hautpoul. Vers l'achèvement du square : A la mort de Mme Delizy, la municipalité acquiert les propriétés des n° 98, 100 et 102 qui forment avec le 104 l'essentiel du square, dont la superficie a été ensuite amputé par deux élargissements de la Nationale n°3. Un décret du 17 juillet 1924 décide de porter à 24 mètres la largeur de la rue par emprise de son côté sud. Les travaux terminés en 1936 s'accompagnent d'un réaménagement du square appelé à comprendre dorénavant, outre la salle des fêtes, un abri couvert pris sur la partie nord du 106, un jardin d'enfants, un jardin d'hiver, une pièce d'eau et la bibliothèque muni pale installée dans la pavillon Delizy. Un projet d'extension jusqu'à la rue de la cristallerie (rue d'Estienne d'Orves) n 'a pas abouti. Le square est clôturé le long de l'avenue par de belles grilles en fer forgé fabriquées par les établissements Doreau de Pantin. La situation semblait donc stabilisée. C'était sans compter avec le changement d'orientation du service des Ponts et Chaussées. Un décision de 1964 prévoit un nouvel élargissement amputent le même côté de la rue malgré les engagements pris. En portant la largeur de la chaussée à 31 mètres, cette décision conduit à la disparition des grilles monumentales et la démolition en 1970 de la belle résidence des Delizy.
Il ne reste donc comme vestige du passé que la serre de l'ancien parc Delizy et le bâtiment considérablement transformé de l'ancienne justice de paix, aujourd'hui Ciné 104.

 

     

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Published by Histoire de Pantin
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  • Histoire de Pantin
  • Textes : André Caroff. Recherches : André Caroff et Hélène Richard. Contact : hr4545 (chez) gmail.com

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